vendredi 18 mai 2012

Sotah de Naomi Ragen

Sotah - Soupçon d’adultère, par Naomi Ragen

Je serais sans doute passée à coté de ce roman si une amie ne me  l'avait prêtée. 
Le terme Sotah désigne un traité entier du Talmud, consacré aux femmes soupçonnées d'adultère.
C'est  justement dans une famille juive ultra-orthodoxe de Jérusalem que Naomi Ragen nous plonge.
A travers leur quotidien, c'est le portrait d'une société fermée sur elle même qu'elle nous propose.
Le rabbin Reich et son épouse ont  trois filles. La vie pour cette famille est difficile, le père passe ses journées à étudier et visiter les malades, il travaille pour le monde d'en haut et le monde à venir,  la mère travaille pour le monde d'en bas, et le temps présent. C'est elle qui fait vivre sa famille.
Quand le mariage de l'ainée se profile, c'est aussi celui des deux autres auquel il faut déjà songer. Mais quelle est la définition d'un beau mariage ?  Dvora, la première épousera un homme bon qu'elle ne désire pas mais qu'elle respecte pour ses qualités. Elle apprendra à le connaître  et à l'apprécier. Pour la cadette Dina,  aussi coquette et belle que brillante et vive, elle devra se résigner à ne pas pouvoir épouser celui qui partage les mêmes aspirations qu'elle. L'affaire entre les deux familles ne pourra se conclure, faute d'argent.  A 17 ans elle épousera Judah, un homme, bâti comme une armoire à glace.
Menuisier, il est aussi  gauche avec son corps et maladroit avec ses mots qu'il est habile et délicat avec ses mains. Or Dina a besoin de la parole. De mots à entendre et de mots à partager. Incapable de saisir toute la finesse, la gentillesse et la pureté que renferme son époux sous ses allures de rustre, Dina n'arrive pas à s'épanouir dans sa nouvelle vie et trouvera dans le regard  et la  présence de son voisin, Noah ce que le regard  et la bouche de son mari ne semblent pouvoir lui apporter. Cet homme marié saisira vite l'opportunité de la situation, pour lui faire une cour patiente mais assidue. Or, dans ce milieu où tout se sait, où la pudeur et les bonnes mœurs sont au centre de la vie communautaire, l'un comme l'autre vont être rapidement repérés et  les soupçons  devenir vite faire figure de preuve.
Les pressions qui pèse sur Dina, le déshonneur que risque sa famille,  les menaces que la "brigade des mœurs"  laissent entrevoir, la pousseront  à s'exiler pour les Etats-Unis. Là bas, elle deviendra femme de ménage et trouvera  refuge auprès d'une famille juive moderne, et assimilée qui a tourné depuis longtemps le dos aux pratiques religieuses. Le choc pour elle, est brutal.. La chute vertigineuse. On assiste à son réveil douloureux.
Coupée de sa famille, elle ne pourra soutenir sa sœur  Haya Léa lorsque celle ci s'opposera aux vœux que ses parents forme pour elle quand son cœur se mettra à battre pour un 'hassid"  d'un autre courant religieux, de surcroit résolu  à faire son service militaire.( les harédim en  sont dispensés)
Ce roman se dévore. La force de Naomi Ragen , c'est d'abord de nous immerger dans ce milieu qu'elle connait bien mais surtout d'en pointer les contradictions et les excès dont  les femmes sont les premières victimes. Au fil de son  récit, elle arrive à nous émouvoir tout en nous injectant la force que détiennent ses personnages capables de se relever de leurs échecs.

Née en 1949 à Brooklyn, au sein d’une famille juive orthodoxe, Naomi Ragen s’est installée avec son mari, en 1971, à Jérusalem. Très vite, elle s’implique dans les problèmes sociétaux rencontrés par les familles juives rigoristes. Si son premier roman, Jephte’s daughter, connaît un certain succès, c’est avec son second ouvrage, Sotah, en 1992, qu’elle va obtenir la reconnaissance du public et une forme incontestable de gloire. Depuis, elle a produit plusieurs autres livres à succès ainsi qu’une pièce de théâtre.
Pour la première fois, l’une de ses œuvres, Sotah, donc, est traduite en français par Véronique Perl-Moraitis. Jean-Pierre Allali (source site du CRIF) (*) Éditions Yodéa. Juin 2009. 518 pages. 


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