mardi 22 mai 2012

Jonathan Safran Foer


" Extrêmement fort et incroyablement près" faisait partie de  ma liste " à lire ".
J'avais lu " l'histoire de l'amour "de Nicole Kraus, la femme qui partage la vie de Jonathan Safran Foer. J'étais donc plutôt curieuse de découvrir sa plume ( je n'avais pas vu le film, je préfère d'ailleurs lire et voir éventuellement le film ensuite, ce que j'ai fait pour Millénium lu une semaine avant la sortie du film). Je ne lis pas forcément non plus les livres quand ils sortent, disons que je laisse reposer les chose simplement parce que je  n'aime pas me laisser emporter par un effet de mode immédiat. J'attends...Bref....C'est donc la curiosité, une curiosité saine, qui m'a poussée finalement à acheter ce livre.
L'histoire s'articule autour de trois personnages : un petit garçon, un homme et une femme.Pour nous livrer leur destin, l'auteur choisit d'utiliser  pour chacun d'eux  la première personne du singulier, ce qui  ne rend pas la compréhension facile et j'en ai été assez déroutée. Je le reconnais, j'ai dû résister à un certain agacement qui me submergeait à certains moments, j'ai dû m'accrocher pour ne pas lâcher l'affaire. J'étais assez mitigée... je continuais cependant avec l'espoir de découvrir quelques  pépites et je l'admets, à certains moments je n'ai pas été déçue.
Ce qui m'a surtout plu, dans ce roman, c'est l'entrelacement d'histoires et comment  les blessures des uns se répercutent  sur la vie des autres, l'idée du  lien qui, malgré l'absence et la distance ,se tisse à l'insu des personnages eux même, au delà des générations.
Mais qui sont-ils, ou pour reprendre le titre du premier chapitre " HEIN QUOI QU'EST-CE?"
  • Oskar,  9ans est  surdoué  et ultra sensible chahuté par ses camarades d'école. Depuis qu' il a perdu son père lors des attentats du 11 septembre, il doit faire face chaque jour à  une multitude de questions qui l'assaillent . Un an après sa disparition,  il découvre une clé et  sur l'enveloppe qui la renfermait un mot "Black". Aussitôt il se met au défi  de  trouver la serrure qui correspond à la clé et  qui se cache derrière ce nom.
 "Je me suis enfermée en moi même comme dans un sac de couchage et j'ai tiré la fermeture Eclair jusqu'en haut, pas parce que j'avais mal, pas parce que j'avais cassé quelque chose, mais parce qu'ils se fendaient la pêche." Page 58
" Je veux arrêter d'inventer. Si je pouvais savoir comment il est mort, savoir exactement, j'aurais pas besoin d'inventer qu'il est mort dans un ascenseur coincé entre deux étages, comme c'est arrivé à certains.... Il y avait tellement de façon  de mourir et j'ai besoin de savoir ce que la sienne é été, voilà." Page 362
  •  Un homme qui s'adresse à son fils par le biais de lettres écrites une quarantaine d'années plus tôt. Au fil des pages on comprend à quel point il ne s'est jamais remis de la perte de celle qu'il aimait, Anna, lors des bombardements de la ville de Dresde,  à tel point qu'il a perdu progressivement l'usage de la parole.  Il  communique en écrivant sur des cahiers. 
   "Je pense, je pense, et je pense encore, la pensée m'a éloigné du bonheur un million de fois, pas une seul elle ne m'y a mené. " Moi fut le dernier mot que je parvenais à prononcer."
  • La grand-mère du petit garçon. Là aussi, c'est par le biais de lettres qu'elle va lui livrer l'histoire de sa vie.
"Mes forces se sont usées, par endroits il n'y a qu'un trou. Comme ces ménagères qui s'éveillent un jour et disent, Je ne peux plus   faire le pain..." Page 253  
"J'ai passé toute ma vie à apprendre comment ressentir moins.  Chaque jour je ressentais moins. est-cela vieillir? Ou est-ce quelque chose de pire? On ne peut se protéger de la tristesse sans se protéger du bonheur? " Page 254
" Mes pensées descendent un conduit de cheminée et brûlent.... Il nous promit que tout irait bien. J'étais une enfant, mais je savais que tout n'irait pas bien. Ce ne faisait pas de mon père un menteur? Cela faisait de lui mon père.  Page 257 
"Je regrette qu'il faille une vie pour apprendre à vivre." Page259
Ces êtres se sont fossilisés. On apprend à les découvrir comme on éplucherait un oignon, par couches successives. Aller à l'essentiel prend du temps et j'ai déploré le coté anecdotique de certains passages.   Plus d'une fois j'ai été irritée par le choix de l'auteur de nous livrer par exemple les listes de toutes les choses que cet enfant invente.L’empathie que j'ai ressentie pour lui, est venue au fur et à mesure que j'avançais dans ma lecture.
C'est un livre sur le deuil, la perte  et les moyens pour gérer l'ingérable.  
L'opiniâtreté du garçon à chercher qui se cache derrière le nom Black m' a touché.
Par contre le fait d'intégrer dans  le livre des images (collection d'Oskar) ne m'a pas vraiment séduit. J'ai trouvé le procédé assez  facile et d'une certaine manière en contradiction avec le fait même d'écrire).
 En cherchant quelques infos sur cet auteur  j'ai trouvé les explications qu'il  a donné à  François Busnel lors d'un entretien :  
" Je ne cherche pas à faire un roman expérimental mais à permettre au lecteur de ressentir des émotions qui ne soient pas tièdes. Et pour cela, j'ai besoin de mettre sur le papier tout ce qui me passe par la tête. On a assez dit que le 11 Septembre ne pouvait être décrit en mots. D'accord. Donc, décrivons l'indescriptible avec autre chose que des mots."
Je croyais naïvement que l'écriture servait aussi à cela, mettre des mots là où les maux prennent trop de place.  Dans un monde où l'image est déjà omniprésente, bavarde, n'est ce pas se fourvoyer encore ?
Sa réponse me parait  même contradictoire, parce que précisément  l'écrit, et  le rôle et la place qu'il occupe ou non dans la vie de ces personnages, me semble  être au centre de son roman et peut-être même une de ses préoccupations. (Même Oskar se livre à cet exercice en écrivant des lettres à Stephen Hawking ). 
Pour terminer j'ai trouvé dans son livre une certain nombre de similitude avec  celui de Nicole Kraus. Dans son livre "l'histoire de l'amour" il s'agit aussi de trois personnages solitaires reliés par un livre. 

lhttp://alombredemoncannelier.blogspot.fr/2011/05/les-livres-dans-tous-leurs-etats-1-un.html

http://www.journal-d-une-lectrice.net/article-4207247.html

 

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