mercredi 16 mai 2012

Daniel Buren " in situ " au Grand-Palais



Sceptique après les reportages au journal-télé que j'avais pu regarder, je suis ressortie enchantée après notre visite, au Grand Palais.de l'exposition MONUMENTA de Daniel Buren 
D'abord la notice distribuée avant l'entrée, m'a fait réviser mon appréciation. Outre le fait qu'elle m'a permis  de patienter, j'ai pu saisir  les enjeux de l'artiste et trois de ses concepts clés.
La clarté du propos aiguisa immédiatement ma curiosité.
La couleur, la lumière et son impact sur la couleur, jusque là, c'est plutôt normal pour cet artiste "plasticien" , il joue dans ses cordes.  Le troisième concept me titille davantage: il s'agit du travail "in situ" , terme qu'il emploie dès 1965, et qui "signifie que  l’œuvre nait de l'espace dans lequel elle s'inscrit".
"L'environnement de la peinture[...]  semble toujours plus important et plus riche que la peinture elle même. "    


C'est assez déroutant comme approche, mais ce que je trouve intéressant c'est finalement que cette idée, il ne semble pas l'imposer au visiteur, c'est davantage une invitation à voir différemment l’œuvre d'art
.Daniel  Buren à en croire le feuillet d'introduction semble s'opposer à la "soi disant autonomie de l’œuvre d'art". Pourquoi pas ?
 Son parti-pris, me place  en tant que  visiteuse dans un autre perspective. Je ne suis plus aussi passive devant l’œuvre à voir.

Si elle s'inscrit dans le lieu qui l'abrite, si l’œuvre trouve son souffle dans l'espace qui l'accueille, sa raison d'être dans ses murs au point de le  transformer et de le révéler autre, alors je fais partie de cette rencontre entre l'artiste , le lieu de sa création gigantesque et éphémère.
Cette espace qu'il nous donne à parcourir, différemment, m'apparait  comme une bien belle idée. 
Cet art conceptuel, qui me laisse d'habitude plutôt sceptique, sur le coup me ravit.
Je ne suis plus "hors de", à n'y rien comprendre, je partage quelque chose qui est de l'ordre de la sensation et du plaisir.
 Les yeux attirés par l'immense verrière,  l'espace qu'elle renferme - quel espace à habiter.! - je me glisse sous les disques et chemine à travers

Je m'immerge. Je deviens couleur. C'est une sensation enfantine de jouer avec la couleur, comme d'autres joueraient avec des parfums ou des sons.  J'ai envie de dire que c'est à une expérience que Daniel Buren nous convie.  Il ne nous propose pas de voir ou d'admirer son travail,  de façon passive il nous convie à vivre l'expérience de la couleur. Ce dimanche après-midi,  le soleil était de la partie, c'était gai.
 Merci l'artiste.





Les disques multicolores. Le reflet de la lumière à travers les filtres.
La rondeur mise à plat, qui s'oppose à la verticalité des lignes.







Sous un disque orange  peut-être vous sentiriez vous aussi enveloppé de chaleur.
Quelques mètres plus loin, vous vous plairiez à rechercher un brin de  fraicheur sous un ombrelle verte ou bleue.







L'intensité de la couleur projetée semble avoir pénétré le sol.































Leçons de couleur
Leçons de vie
Dedans , dehors
jeu de miroirs et de transparence
A l'endroit, à l'envers
L'art comme reflet de la vie




Le plaisir est là . L'appareil photo en main devient un allié indispensable pour prévenir l'usure du temps  et les défaillances de notre mémoire sensorielle.





L'espace est devenu une aire de jeu.
La visiteur devient acteur de sa propre visite. 
Miroir, dis moi que je peux jouer encore...









© Many Souffan



3 commentaires:

  1. Je sors moi même de cette exposition Buren. J'y fus autrement surpris que vous. J'ai beau savoir les complications rouées de mes contemporains, leurs pelages ondoyant et mobiles ont beau chaque fois m'épater un peu plus, cette fois je crois bien que le bout de la nuit n'est plus loin. L'assurance de bronze avec laquelle ces vendeurs de néant subjuguent désormais les foules a quelque chose de véritablement prodigieux. Je m'attendais, je l'avoue, en m'y rendant sans illusions, à une esbrouffe au moins un peu travaillée, à du vide un peu décoré d'effort, à des formes laches, vaguement parcheminées de semblant d'art. Pas même cela. C'est la niaiserie brute, c'est la pauvreté sèche de ces pauvres choses qui étonnent. Aujourd'hui, comme pour ce désinvolte jeté de cercles coloriés du dit Buren, sans nécessité intérieure comme sans justification extrinsèque, le néant de l'art s'affiche nu, avec une sincérité dans l'escroquerie qui fait peut-être son seul mérite, son seul progrès. Et à côté de cela, la beauté rayonnante du Grand-Palais, inentamée par cette tentative de saccage ! Ce génie évident dans la coagulation voulue du monumental le plus ancien et du moderne le plus ambitieux, saisie virilement dans ces chants d'algèbres passionnés, dans ces hymnes de pierre aux calculs faustiens des ingénieurs, dans l'élancement baroque de ces sonnets de fer; la verrière comme celle d'une cathédrale qui donne à nos regards frappés un air de prière muette, tout cela je le contemplais en oubliant bien vite les sophismes enfantins et idiots des prospectus grâces auxquelles l'ingénuité, si souvent trompée hélas, se satisfait des éblouissements factices de quelques petits trucs optiques qui l'étourdissent à si peu de frais, de ceux que l'on trouve très facilement, voyez-vous, dans tous les jardins d'enfants, installées pour les mioches, bonnement et sans chichis. D'ailleurs, si j'en juge par la sérénité bonnasse des lieux, l'époque bruyante du Palais-Royal paraît bien loin, Buren ne fait même plus scandale, car ce subversif prétendu a fait école, est devenu gras et prospère, ses sentences destructives sont des dogmes reçus Gallia et Orbi et en l'an de grâce 2012 il règne pesamment, assis sur les ruines de l'art et du goût, comme un Bouddha ventru et hilare, adulé et nourri par ses innombrables dupes.

    RépondreSupprimer
  2. "La couleur est la touche, l’œil, le marteau, l'âme, le piano, : l'artiste est la main qui par le bon choix des touches met l'âme du spectateur en vibration " Wassily Kandinsky. Etait-ce que parce que le beau temps était de la partie ce jour là?
    Etais-je moi même de particulièrement bonne humeur? Tout cela a joué sans doute dans ma perception de cette exposition, mais cela aurait pu se révéler insuffisant , si je n'avais pas repoussé certains de mes a priori de départ par rapport à l'art conceptuel, qui d'ordinaire me laisse perplexe et indifférente.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Les tendances propres à notre époque, son style organique - Boulez, Le Corbusier, Buren ... - tout cela définit indéniablement quelque chose de profond, dessine une façon cauchemardesque d'univers asilaire, à l'allure de ce renfermement expérimental, qui va jusqu'au sacrificiel pourrait-on dire. L'Homme qui, assujetti à ce monde là, ne résiste plus, qui est progressivement opéré de toute pensée structurée par toutes les doctrines d'art unanimes, est un cobaye oblatif, en réalité, soumis à un système réglé de stimuli quasi-Fordiens, qui excitent durablement ses nerfs, l'envoutent, selon des modes qui, pour Esthétiques qu'ils se donnent, n'en ressemblent pas moins aux prières étranges qui sourdent des vastes laboratoires-portiques de l'ambitieuse psychologie scientifique. D'ailleurs, l'écrivain même, avec Joyce, le trop célèbre auteur, n'est plus qu'un littérateur stochastique, bouffon de lui même, abusivement loué, histrion loquace sans discipline intérieure, lancé sur les foules pour promouvoir l'hallucination, la confusion qui rend si docile; Boulez, avec des gestes brusques de maniaque, des jets de sentences inintelligibles et de crissements de notes, a pu, depuis quarante ans qu'il règne, ce cacophone, au moyen de sons lancinants et déréglés, posséder des parterres entiers de niais éblouis, sans qu'il soit poussé un réel cri de refus, une protestation d'ensemble. Pour bien sentir tout l'abîme démoniaque de cet "Expressionnisme asilaire ", il faudrait ne jamais regarder un tableau abstrait ou écouter un dodécaphoniste isolément; au contraire, il faut prendre ça tout ensemble, comme un choc wagnérien, avec vacarme bleu et leitmotiv, angst und verwirrung, primitivisme technique et hurlements...On s'aperçoit alors que l'Art, ou ce qu'on appelle emphatiquement tel, n'a plus rien à voir avec tout ça. la Peinture, la Sculpture sont des choses mortes et bien mortes, muséifiées, classées et finies. Il s'agit bien d'autre chose maintenant, d'un culte peut-être, un culte très ancien, qui revient, transformé, hideux, sous l'appareil obsessif et pavlovien du modernisme esthétique...

      Supprimer