Une femme, au cœur de deux livres : celui de Karine Tuil, " six mois, six jours" et celui de de Tobie Nathan : "Qui a tué Arlozoff"
Au delà de la passion d'une femme, Juliana Kant, à la tête d'un empire, pour un certain Braun , c'est d'abord et surtout le procédé que Karine Tuil utilise pour nous raconter cette histoire, qui m'a plu et que je retiendrai.Dans "Six mois, six jours" elle choisit le biais de l' interview pour nous livrer cette histoire passionnelle. Le narrateur n'est autre que l'homme de confiance de la famille Kant, devenu au fil des années, conseiller. En face de lui, l'écrivain susceptible d'écrire l'histoire et de l'interpréter. Mais celui qui croit détenir les clés du passé de Juliana Kant ne se laisse pas si facilement déposséder du seul lien et du seul pouvoir qui lui restent. Ici le narrateur devine combien ses propos risquent d'être transformés ; il cède ses révélations au compte-goutte, n'épargnant personne pas même son auditeur. Comme dans son autre livre "la domination", (que j'avais beaucoup aimé) l'auteur navigue en eau trouble; séduction, mensonge, manipulation, pouvoir, trahison.
Pour le narrateur, cette
porte de sortie que représente l'interview n'est pas aussi glorieuse
qu'il l'espérait. mais il s'en saisit pour régler ses comptes.
Lorsque
l'amant se révèle être un escroc et
un maître chanteur, en quête de réparation, lorsque Juliana Kant fait
appel à la police pour mettre un terme à ce fatal engrenage, on comprend que l' histoire avec un
grand H n'a pas livré son dernier mot. C'est .un autre
scandale qui éclate: celui des
grandes familles industrielles allemandes qui se sont enrichies durant
la seconde guerre mondiale.
Ce
livre est multiple; là est toute sa richesse; glissant d'une passion à
une autre. Brusquement, il ne s'agit plus uniquement de la vie privée
d'une femme
d'affaires, mais de celle d'une autre, Magda Friedländer, du nom de son père adoptif, juif.Elle sera l'épouse successive de Gustav Kant le grand-père de Juliana, avant de devenir celle du ministre de la propagande nazie. Lorsqu'elle choisit de rallier le clan fasciste, elle entrainera avec elle son ex mari, Günther Kant et ses fils. Sans hésiter, la famille saura tirer profit de cette nouvelle alliance pour s'enrichir et évincer ses concurrents juifs. La tentation là aussi était trop grande.
Deuxième figure de ce roman cynique, Magda Friendlände est le point commun entre les livres de Karine Tuil et celui de Tobie Nathan, que j'avais lu quelques semaines plus tôt.
Venons en à "Qui a tué Arlozoroff ? de Tobie Nathan. Dès les premières pages, le roman s'ouvre sur le meurtre de Haïm Arlozoroff, leader sioniste d’extrême gauche assassiné sur la plage de Tel Aviv le 16 juin 1933.Un grand reporter français, Ezra Morena est envoyé par son journal pour enquêter sur un deuxième meurtre, commis de nos jours à l'ambassade de France à Tel Aviv. Il s'agit d 'un ancien agent du Mossad, Mordekhaï Monco. Sa rencontre avec une universitaire spécialisée dans l'histoire du Mossad le conduira à relier cette dernière affaire avec le meurtre non élucidé d'Arlozroff. Voilà pour le cadre de ce roman.
Au-delà des querelles partisanes, et des interrogations qui subsistent encore aujourd'hui sur l'assassinat d'Arlozoroff, l'auteur dévoile un autre volet de la vie du jeune diplomate juif: sa rencontre, vingt ans plus tôt avec une camarade de classe de sa sœur et qui n'est autre que la jeune Magda Friedländer.
Fascinée par lui, elle épousera rapidement les rêves sionistes qu'il défend. La passion que l'auteur leur prête et qu'ils entretiendront malgré les voyages d'Arlozoroff en Palestine, le premier mariage de Magda et même après, lorsqu'elle deviendra l'épouse de Goebbels sont le fil conducteur de ce roman étonnant par le regard que l'auteur porte sur l'histoire.
Derrière l'ambition de cette femme, son ascension, la place qu'elle occupe auprès d'Hitler, la jalousie qu'elle éveille chez Goebbels, il y a l'ambivalence de ses sentiments vis à vis d'Arlozoroff .Entre haine et amour, il n'y a qu'un pas.
Le meurtre d'e Haïm Arlozoroff a t-il été commandité par l'extrême droite israélienne, par des partisans communistes avec lesquels il se trouvait en désaccord, ou par des nazis prompts à effacer la liaison que leur "déesse" entretenait avec un juif ?
Les nouvelles hypothèses que propose l'auteur, dépoussièrent l'Histoire. On se prête volontiers à ses spéculations.
Chercher l'erreur ? Derrière le destin de cette femme, une faille, du coté des origines.Non reconnue par son père biologique, elle deviendra la fille adoptive du mari de sa mère, un riche commerçant juif, Richard Friedländer, qui lui donne son nom.
Cette femme dominée par son désir de briller, et d'être aimée pouvait-elle échapper à un destin aussi funeste? En devenant l'égérie d'Hitler, c'était un autre piège qui se refermait sur elle...
Extrait: : Ezra Morena : "Le monde n'existe qu'écrit et il est si difficile de créer"
je ne connais Arlozoroff que par le nom de la rue à Tel Aviv, merci de signaler ce roman
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