dimanche 6 mai 2012

Bach (1685- 1750)

Nouvelle rubrique sur les compositeurs et pour commencer, l'incontournable" cantor de Leipzig": 
Dans sa famille depuis plusieurs générations, on est musicien, et je pourrais écrire on"nait" musicien.  

Avant lui : En 1648, le traité de Westphalie a mis fin à 30 années de guerre durant laquelle princes catholiques et protestants se sont opposés,  le conflit ayant commencé avec Martin Luther, qui contestait l’autorité du pape et de l’église catholique. Sa réforme visait  surtout à la réduction du pouvoir des prêtres et à la possible accession des textes sacrés aux fidèles les moins cultivés, grâce à  leur traduction en allemand. Le chant choral rayonne par la place centrale qu'il  occupe dans la  liturgie  en permettant  aux fidèles d'exprimer leur foi. Munies de paroles en langue vulgaire, dont Luther est les principal auteur, ces mélodies simples, faciles à chanter, expressives vont droit au  cœur des fidèles. Ce chant trouve sa source dans les antiennes, les hymnes , les séquences grégoriennes ainsi que dans la chanson populaire allemande.Le premier recueil date de 1524 et le succès est immense. Par la suite le choral passera aux instruments et notamment à l'orgue. Il devient ainsi la base essentielle de la musique sacrée en Allemagne. Ce sont alors des chorals ornés ou variés dans lesquelles variations et fugues et autres combinaisons de contrepoints trouveront leur point culminant avec Johann Sebastian Bach

Durant cette guerre c'est la figure d'Heinrich Schütz (1585-1672) qui domine l'art musical du XVII.  Premier compositeur de la foi réformée, il est le précurseur de Bach. ( avec 3 ou 4 passions, son oratorio de Noël etc..)  Samuel Scheidt (1687-1754) autre compatriote et contemporain et  organiste remarquable fonde son écriture sur le choral luthérien, Pachelbel ( 1653-1706) Parmi les précurseurs, il y a aussi Dietrich Buxtehaude (Vers 1637- 1707)  surnommé "le maitre de Lübeck" dont l’œuvre d'orgue est au premier rang de l'école allemande.


C'est dans ce contexte musical que nait Jean-Sébastien Bach.au printemps de l'année 1685 à Eisenach. Il est le dernier de 8 enfants. A l’âge de 8 ans, il entre à l’école de latin qui prépare au lycée et à l ‘université. Il fait partie du chœur de l’école.  Le dimanche, à l’église luthérienne, il chante alors que  son frère Johann Christoph joue à l’orgue, son père au violon ou à l’alto. 
A un  an d’intervalle, alors qu’il n’a que 9 ans,  il va perdre successivement sa mère puis son père. C'est  son grand frère, organiste à Ohrdruf qui va l'élever.A 15 ans,  il entre dans le chœur de l’église Saint Michel de Lunebourg et fréquente la Ritter Académie pour jeunes nobles ; il y apprend le français et se familiarise à la musique française de Couperin, Marchand, Marais et Lully. 
 A 17 ans, il termine ses études, mais ne songe pas à rentrer à l’université. Il est alors convié à essayer le nouvel orgue lors d’une audition publique à Arnstadt. Il est engagé sur le champ, sans que d’autres concurrents puissent être entendus. (son salaire annuel s’élève à 50 florins) . Là il y fait la connaissance d’une cousine éloignée Maria Barbara. Ils sont tous deux orphelins et dans leur famille la musique jou un rôle important.
En 1705, Bach alors 20 ans.,demande un congé de 4 semaines pour aller entendre à Lübeck  le célèbre Buxtehude. Il fait 400 km à pied et reste finalement absent pendant 4 mois. Il  se lie d’amitié avec le vieux maître, qui lui offre sa fille, si il veut le poste d’organiste ; mais elle est trop vieille et trop laide et Bach se sent déjà engagé avec Maria Barbara. A son retour, l’accueil de ses supérieurs est glacial. Les choses se gâtent  davantage quand il se met à improviser comme Buxtehude( variations dans les chorals, effets de registre et de pédales).  Hymne chanté, le choral restera d'ailleurs toujours présent même dans ses plus abstraites compositions ; c’est l’expression la plus simple de sa foi, comme un fil conducteur. Ses supérieurs lui donnent des consignes strictes. Bach s‘ennuie, s’irrite.
Un poste d’organiste s’offre à Mülhausen. Celui ci vient de mourir. Bach obtient le poste et touche 80 florins annuels. Il peut alors épouser Maria Barbara le 17 octobre 1707( il aura avec elle 7 enfants). C’est l’époque de ses premières cantates. En fait Bach en fait plus qu’on ne lui en demande. Où qu’il aille, il finit par aller contre les règlements qu’on veut lui imposer. Trop grand, trop imposant, trop résistant trop massif. La seule chose qui compte pour lui, c’est faire sa musique.

Un an à peine il demande son congé et part pour la cour de Weimar. Sa renommée est déjà grande. Il devient  l’organiste de la Chapelle du Duc Wilhelm Ernst de Saxe-Weimar.  Il est aussi violoniste, claveciniste dans l’orchestre de chambre à la cour du Duc qui apprécie aussi bien  la musique religieuse que la musique profane. Pendant cette période, le Duc lui permettra de voyager et de jouer dans d’autres cours.
Bach se fait  bientôt connaître dans de nombreuses villes d’Allemagne , non comme compositeur mais comme excellent organiste. Après avoir refusé un poste d’organiste à Halle, le duc de Weimar le nomme « maître des concerts » ; Bach a alors l’obligation d’écrire une cantate par mois . C ‘est à cette époque qu’il  découvre la musique italienne .Il transcrit les concertos  de Vivaldi ( 16 concertos pour clavecin et 5 pour orgue). Son écriture est plus légère . A cette époque(1717), les élèves affluent. Il travaille à son petit livre d’orgue (pour son fils) . Bach est un médiateur, il se sent capable de transmettre musicalement les principes divins. Il devient aussi le professeur du neveu du Duc. Mais cette amitié va lui être fatale  . En 1716 le vieux maître de chapelle se meurt ; la logique voudrait que Bach lui succède, mais le Duc nomme un musicien sans importance. Bach est ulcéré. Il veut quitter Weimar  En août 1717, le prince de Köthen lui offre une place  de maître de chapelle . Avant même d’avoir reçu son congé de Weimar, Bach a déjà installé sa famille à Köthen. De retour à Weimar pour  régler les formalités de son départ, le duc l’envoie en prison. Il y restera 1 mois. Mais devant l’entêtement de Bach à le quitter, le Duc finira par céder.
A Kötehn; le Prince Léopold  va rapidement le considérer comme son ami. Comme le prince est calviniste, la musique n’a aucune part dans le culte. S’il est officiellement maître de chapelle,(l’ensemble mis à sa disposition s‘appelle Collegium Musicum,) ses œuvres sont pour orchestre. C’est à cette époque qu’il écrit :  les suites pour orchestre, 6 concertos Brandebourg, les Sonates-partitas pour violon, les Suites pour violon et Le clavier bien tempéré.
Même lorsque Bach  écrit pour un instrument seul, il pense et  écrit à plusieurs voix.
Profondément religieux, Bach est devenu un musicien dans une cour où règne la  musique profane. Chez Bach, la musique et la foi sont intimement liées. Or, il n'a plus l'occasion de jouer de l'orgue qu'il considère comme le roi des instruments.  Pourtant malgré ces désagréments c'est certainement une des périodes les plus heureuses de sa vie. Il travaille chez lui, entouré de ses enfants,  de ses  élèves.  C'est à cette époque qu'il écrit (pour son fils Friedmann), le petit clavier

 En juin 1720 , alors qu’il revient d’ avoir accompagné son prince à Karlsbad  (celui ci ne peut pas se passer de lui ) il trouve sa femme décédée et enterrée depuis 10 jours. Les 4 enfants sont seuls. Bach en ressent une profonde douleur. Considère t-il cela comme un appel du destin à partir ? A-t-il la nostalgie de la musique sacrée ? Il veut redevenir organiste. En 1721, un an après, il se remarie avec Anna Magdalena, chanteuse et fille d’un trompettiste de l’orchestre. Le prince aussi se marie mais la princesse n’a aucun goût pour la musique, qui tombe  progressivement en disgrâce.
   
    En Avril 1723, après avoir refusé un poste à Hambourg,  Bach  acceptera  celui de Cantor à Leipzig. La décision aura été difficile à prendre. Pourquoi? A Köthen, il n’avait qu’un seul maître et ami, le prince Léopold. A Leipzig, il  sait qu' il aura plus de 20 supérieurs hiérarchiques, recruté par le conseil de la ville et de l’autorité religieuse. Par ailleurs, son salaire sera à peine le quart de ce qu’il touchait à Köthen. Lorsque Bach proposera ses services il ne sera accepté par ses employeurs  qu' à regret, car  la ville de Leipzig aurait préféré un autre candidat. L’extraordinaire renommée de Bach, en tant qu’organiste ne compte pas beaucoup à leurs yeux, puisque le Cantor n’est  pas censé jouer de l’orgue. Par ailleurs, on ne connaît pas sa musique, seules 2 cantates ont été publiées. D'autre part, il n’a pas fait d’études universitaires alors qu’il devra assurer les cours de latin.

    Le 1er juin1723, il est installé et entre en fonction. La Thomasschule est une école dans un état lamentable (bâtiments trop petits, trop vieux) et le niveau musical très bas. Rares sont les bons musiciens. A Leipzig ,Bach devra écrire une cantate par semaine (en tout il en écrira 300) Il écrira aussi un Magnificat, et en 1729 la Passion selon Saint Mathieu. Mais la passion ne plait pas, elle irrite. Le conseil se durcit. Sa musique est jugée trop moderne. Bach ressent  à nouveau l'envie de partir ailleurs. Cela ne se fera pas.
En 1723, il compose la Messe en Si, à la fois protestante et catholique. Il avait envoyé auparavant le Kirié et le Gloria  à l’Electeur Auguste III, en lui demandant de devenir son maître de chapelle .
     Avec les années, Bach se détache de plus en plus de ses fonctions de directeur de musique, car il n’a plus aucun soutien. C’est l’époque des dernières œuvres, les plus abstraites, comme Les Variations Canoniques, l’Offrande Musicale et  l’Art de la Fugue .
     En 1747, Bach est l’hôte de Frédérique Le Grand, roi de Prusse, par le biais de son fils  Emmanuel qui en est l’accompagnateur officiel.  C’est lors de cette rencontre, que le roi donnera à Bach un thème sur lequel celui ci dut improviser une fugue à 6 voix. Dès son retour, Bach se met à travailler qui donnera naissance à l’Offrande Musicale.
     En 1745,  Haendel accepte de faire partie de la Société des sciences musicales(11e membre). Deux ans plus tard, Bach s’y joindra.(il sera le 14è membre).
Trois ans avant sa mort, Bach se plonge dans l’Art de la Fugue, qui devait remplir les fonctions de « communication scientifique » à la Société musicale. Le projet comportait 4 Fugues. Il n’en écrira que 21, la maladie  et la mort l’empêchant de conclure. D’ailleurs Bach signe : le thème qui apparaît  (mesure 193) est composé des lettres de son nom B .A. C. H.( sib, la, do, si bécarre). La fin approche.
     Depuis 1749, il est pratiquement aveugle ; en mars 1750, un célèbre chirurgien anglais, de passage à Leipzig, l’opérera 2 fois, mais l’opération échoue et le privera définitivement  de la vue  ( ce même chirurgien opérera sans plus de succès Haendel). Très affaibli par l’opération et les médicaments, il continuera de composer.  Il décède le 28 juillet, laissant Anna Magdalena, dans une grand pauvreté.




Citations autour de Bach:

" Sans Bach, la théologie serait dépourvue d'objet, la Création fictive, le néant péremptoire. S'il y a quelqu'un qui doit tout à Bach, c'est bien Dieu. "  CIORAN

Dans ses Aphorismes sur la musique et les musiciens,  (Humain trop humain) NIETZSCHE écrit :
"Sébastien Bach. Si nous n'écoutons pas la musique de Bach en parfaits et subtils connaisseurs du contrepoint et de toutes les variétés du style fugué, et devons par conséquent nous passer de la jouissance proprement artistique, nous aurons, à l'audition de sa musique, l'impression (pour le dire à la sublime manière de Goethe) d'être présents au moment même où Dieu créa le monde. Nous sentons, veux-je dire, que quelque chose de grand y est en gestation, mais n'existe pas encore: notre grande musique moderne. Elle a déjà surmonté le monde, ayant surmonté l'Église, les nationalités et le contrepoint. Dans Bach, il y a encore trop de christianisme, de germanisme, de scolastique, tout cela à l'état brut; il se tient au seuil de la musique européenne (moderne), mais de là tourne les yeux vers le moyen âge."
Mes favoris :

© Emmanuelle Souffan
- Suites pour violoncelle Suite n°1 Yo- Yo Ma
- Concerto  pour violon en la min
-Concerto pour 2 violons et orch. en ré min
- Partitas  pour violons

- Concerto pour clavier et orchestre
- Messe en si
- Passion selon Saint -Mathieu dirigée par Karl Richter
"Erbarme dich Mein Gott "contralto Julia Hamari ,
Buß und Reu - Richter / Hamari
- Magnificat- Oratorio de Noël
Concerto Brandebourgeois N°4
Concerto pour hautbois d'amour


© Emmanuelle Souffan
A l'orgue
-  les Sonates en trio.
Sonate en trio N°1 pour orgue
-Concerto pour orgue (Vivaldi Transcription Bach) en ré min
-Passacaille en do min
- Prélude et fugue en mi mineur. 
- Toccata dorienne
 -Choral "Schmuecke dich, o liebe Seele"
- Fugue en sol min
Au clavecin ou piano:
- Suite anglaise n° 2 en la min
- Suite anglaise n°3  en sol min
- Concerto italien.
-Variations Goldberg

 La liste pourrait être plus longue évidemment...

  

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