vendredi 19 avril 2013

Apprendre et copier


Petite réflexion du jour : 

 J'ai appris il y a quelques jours qu'en Chinois, le mot  apprendre et copier sont un seul et  même mot.
Pourquoi s'étonner alors devant leurs contrefaçons très réussies?
Mais au delà de ce savoir-faire, je m'interroge sur cette vision  si différente que nous avons  de la notion de  propriété ?
Nous y voyons une usurpation,  surtout quand il est question de bénéfices pécuniaires, cela se comprend, mais être copié atteste par ailleurs de la qualité de l'ouvrage en question. (Je pense en premier lieu aux  grand-couturiers.)
Être copié signerait la reconnaissance du copieur pour l'originalité de la création qu'il reproduit et de l'intérêt qu'il lui porte,  
Dans le domaine des idées ou des arts, le sujet est encore plus délicat, d'une part parce qu'entre le fait de copier proprement dit, et l'inspiration, la frontière peut se révéler très mince,  d'autre part il est parfois difficile de le repérer. Aujourd'hui certains en ont  fait profession, et sont devenus les mousquetaires de la propriété intellectuelle. Soit ! 

En musique, à une certaine époque, c'était somme toute assez banal qu'un compositeur emprunte à un autre compositeur un thème musical. Haendel,  a beaucoup pratiqué ce genre d'opérations, tout comme Bach et Mozart et bien d'autres. Le plagiat n'était sujet à aucun  blâme.  
Dans la relation de maître à disciple, là aussi les artistes ont commencé par copier ceux qui les enseignaient, afin de s'imprégner de leur style, pour pouvoir un jour naturellement, je dirais, par fidélité sans doute et désir de continuité dans l'espoir de prolonger leurs pensées, leurs méthodes et donner une nouvelle impulsion à une idée novatrice laissée en suspens.   
Reconnaître le rôle essentiel des maîtres quel que soient leur spécialité, est la base de l'humilité. Nous formons une chaîne de connaissance ;  le respect que nous attendons bien souvent de l'Autre commence par celui que nous lui réservons.

Mais que dire  du "mâitre" quand celui-ci ne tolère pas d'être copié, d'être source d'inspiration ? Cas rare, me direz-vous; je ne sais pas et je ne pense pas qu'il existe de statistique sur le sujet !
Certains ne devraient pas s'offusquer  d'être ainsi "copié", c'est le signe qu'ils sont aimés ou qu'ils ont été aimés et qu'ils ont laissé des traces parfois sans que celui qui est à l'origine de la copie, en ait  parfois conscience.
 S'ils s'en offusquent, c'est qu'ils en ressentent une atteinte dans leur identité. Ce genre d'attitude manifeste une crainte sans doute de perte de leur influence, un sentiment de dépossession de l'autre et de soi, quand la frontière n'est pas délimitée, peur aussi de n'être plus préféré, de n'être plus au centre de toute l'admiration que le disciple pouvait lui porter. Reste la peur d'être englouti dans la masse dont il croyait s'être extrait, peur de retourner dans une sorte  d'inexistence anonyme. La peur de la trahison et de l'abandon qui pouvait être tue peut alors exploser brutalement. 

En attendant faisons nos gammes...

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