samedi 6 avril 2013

" Libérez Tarantino "

Christopher Walz et Jamie Foxx
J'ai presque autant tardé avant d'aller voir ce film, sorti début janvier sur les écrans que tarder à prendre ma plume pour en parler, certainement à cause de ce goût amer qu'il m'a laissé.
La ligne directrice du dernier Tarantino ne diffère guère de ses précédents films : vengeance et revanche, si ce n'est qu'elles se situent sur fond d'esclavagisme .
Et une fois de plus, le réalisateur s'en est donné à cœur joie dans  l'utilisation abondante et répétitive de l'hémoglobine. S'il n'y avait que cette explosion visuelle qui tourne à la monomanie, on pourrait peut-être s'en accommoder, mais la débauche de violence qui l'accompagne et la longueur insistante de  certaines scènes me sont devenues rapidement insupportables.L'histoire pourtant offre une série de rebondissements, parfois improbables, qui lorsqu'ils ne font pas rire, ont le mérite de relancer l'intrigue en détendant l'atmosphère.

Tout commence par une association entre un chasseur de primes d'origine allemande, le docteur Schultz joué par Christoph Waltz  et un esclave, Django, alias  Jamie Foxx.
Parce qu'il est le seul à pouvoir reconnaitre le visage de 3 truands, le docteur Schultz,  décide de l'acheter aux esclavagistes. Les choses pourraient se passer sans trop d'embrouilles mais ce ne serait plus du Tarantino. Et ce qui justement le fait  mousser n'est vraiment pas ma tasse te thé! Après cette première scène d'action  qui n'est qu'une petite mise en bouche, le docteur Schultz va mettre Django à l'épreuve en testant ses capacités. Difficile de passer si facilement de l'état d'esclave à celui de tueur à gage.  Malgré quelques réticentes, Django va  rapidement convaincre le Docteur Schultz de la qualité de ses compétences.  Il va également saisir ce qu'une pareille association outre l'argent et la liberté peut  lui rapporter. Il n'a bientôt qu'un seul objectif  retrouver et libérer celle qui fut sa femme devenue esclave chez un gros propriétaire d'une plantation de coton, Calvin Candie, campé par un Leonardo Di Caprio parfaitement abject. Avec Samuel Jackson, son  bras droit, homme à tout faire sans pitié pour ses congénères esclaves, c'est l'autre duo choc du film. Plus violent encore par la perversité qui les animent.

 Dans le Mississippi, deux ans avant la guerre de Sécession, la place des esclaves  noirs n'est pas enviable. Si nous ne savions pas ou si nous avions oublié quelles atrocités leur ont été infligées, Tarantino nous offre l'occasion "rêvée" pour revoir sérieusement la question ; son catalogue est particulièrement fourni : main d’œuvre bon marché, objets sexuels et pour les plus robustes,  bêtes de concours pour des combats à mort. On le savait déjà  depuis Plaute, l'homme est un loup pour l'homme. Malheureusement Tarantino ne se borne  pas à le dénoncer, ce qui serait finalement louable. Non, à l'évidence il prend plaisir à mettre en scène la barbarie à laquelle le genre humain se livre depuis des siècles et à déstabiliser son public en alternant des scènes où l'hémoglobine jaillit de toute part, avec des scènes drôles puis des séquences la sauvagerie, la barbarie et la torture ne peuvent faire sourire personne.
Le malaise qu'il provoque conduit malgré soi à passer à un autre mode de lecture :celui de la dérision et de l'humour. Il est vrai que certaines situations et certains dialogues n'en manquent pas, surtout  lorsque le docteur Schultz mène la cadence. Ce brillant orateur, détonne autant par son élocution si particulière, qui fait de lui une sorte de Lucchini allemand, que par l'utilisation là aussi, ultra précise de sa gâchette. Par ailleurs, si Tarantino ridiculise à divers moments les esclavagistes, comme il le faisait déjà  avec les nazis dans Inglourious Basterds, je ne suis pas certaine qu'il se déchaine pour ce qui l'on peut appeler "la bonne cause".  Je reste perplexe. A l'évidence il aime faire un  pastiche du western spaghetti, mais  ne craint-il  pas de  fatiguer  ses fans en se parodiant lui même ? 
Kerry Washington
Finalement ce sont les acteurs qui tiennent le film sur leurs épaules ;  tous formidables, ils nous font oublier les excès de leur réalisateur. Autres points fort : la qualité de la photographie que l'on doit à Robert Richardson ( Aviator, JFK, Raison d'état,  Kill Bill , Shutter Island Etc...)  et une bande originale très plaisante qui mélange des musiques d Ennio Morricone, Rick Ross, James Brown et 2pac.
 J'aurais aimé sortir du film avec le 
le sourire de Brunehilde, l'épouse de Django (Kerry Washington),qu'il a enfin réussi à libérer de l'emprise de Di Caprio. Son sourire
a le pouvoir de nous soustraire un instant de la démesure de violence, d'humiliation et de perversion dans laquelle Tarantino enferme et soumet le spectateur en même temps qu'il s'y enferme lui-même.
J'ai quitté la salle de cinéma consternée avec un profond sentiment de  révolte et assaillie par une série de questions sur la violence portée à l'écran, à laquelle le public jeune s'est habituée avec une facilité déconcertante. Je ne vais pas rouvrir  un débat déjà rabâché. Mais si la violence et sa dénonciation ont toujours été le fond de commerce du cinéma,  et du cinéma américain en particulier, l'enfant  du pays, Tarantino restant un produit commercial, qui s'exporte bien fidèle à sa culture, n'aurait-il pas trouvé la voix de sa propre rédemption, en se faisant exploser à la fin du film ?  Rien n'est moins sûr. Toujours est-il que j'en ai éprouvé honteusement un certain soulagement. 


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