jeudi 16 janvier 2014

Rainer Maria Rilke à Lou Andréas- Salomé ,


 Je m'esquive hors de chez toi
Par des rues de pluie, et je crois
Que chaque passant que je croise 
voit dans mes yeux  flamboyer

L'âme radieuse et rédimée. 
Je veux en chemin , à tout prix, 
Cacher à la foule ma joie, 
je l'emporte en hâte chez moi; 

Je la ferme au profond des nuits 
Comme un coffre doré. 
Puis je me retire de son ombre, 
Pièce après pièce, ses trésors 
Et ne sait plus où regarder; 
Car chaque recoin de ma chambre
est surchargé, surchargé d'or. 

C'est une richesse infinie 
Comme jamais n'en vit la nuit
Ni n'en a baigné la rosée; 
Et plus que première épousée
Jamais ne reçut d'amour. 

Ce sont de riches diadèmes
Avec pour pierres des étoiles
Nul ne sait , je suis , ô toi, 
Parmi mes trésors comme un roi, 
Et je sais qui est ma reine. 

(Correspondances), Munich  9 juin 1897

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