lundi 20 janvier 2014

La folle allure de Christian Bobin .


Deuxième livre de Christian Bobin que je lis, et là encore un plaisir énorme ...
Quel est donc le charme  qu'exercent sur moi les romans de cet auteur qui  me donne l'impression de partir avec lui faire l'école buissonnière...  
Un bonheur à prendre la vie à son commencement là où elle affleure, là où justement elle se nourrit de petits riens mais surtout à renouer avec ce qui fait notre essence en apprenant à garder ce lien avec ce qui fait la force  de l'enfance. 


La plume de l'auteur empreinte celle d'une jeune femme, enfant du cirque, élevée par une mère qui prend la vie à la légère et ne cesse de rire, un père "perfectionniste", des clowns, des  funambules et son premier grand "amour" un loup aux dents jaunes.
Au fil des pages, on comprend que cette gamine a pris le temps de se poser pour remettre de l'ordre dans sa vie  par le biais de l'écriture. Elle relie une à une les étapes de sa folle aventure... Sa première devise restera "on verra bien" Partir à la découverte du monde, un mode à part entière qui consterne son entourage, obligé de se mettre à sa recherche. Ses escapades et fugues en tous genres sont légions , mais qui pourrait la retenir ? Rien ... pas même le  mariage, qui ne sera qu'une expérience de plus. 
Quant à ses "infidélités" elle s'inscrivent comme de simples  et indispensables bulles d'air. 

Quand elle décide de tout plaquer pour reprendre son souffle sous le toit familial, c'est le cinéma qui lui ouvre une petite porte et lui fait une petite place. Mais là encore, elle refusera d'être cantonnée sur une route que les autres  auraient choisi pour elle.   

     Christian  Bobin nous livre là un magnifique hymne à la liberté dont son héroïne s'est éprise dès l'enfance et un  hymne aussi à la relation mère-fille. 


Extraits : 

"Tu sais ce que c'est la mélancolie ? Tu as déjà vu une éclipse ? Eh bien c'est ça : la lune qui se glisse devant le cœur , et le cœur qui ne donne plus sa lumière . La nuit est en plein jour. ..."

" Ma mère était une grosse dormeuse. A l'aube les oiseaux chantent. Mon père était un des leurs . Je me demande aujourd'hui si cette différence  dans les levers n'était pas entre mes parents aussi grave qu'un divorce. J'ai appris ça en écoutant le gros: le bonheur , ce n'est pas une note séparée , c'est la joie que deux notes ont à rebondir l'une contre l'autre . Le malheur  c'est quand ça sonne faux , parce que votre note  et celle de l'autre ne s'accordent pas .  Le séparation la plus grave entre les gens, elle est là, nulle part ailleurs :dans les rythmes. "  

"Les silences de mon père sont des répudiations. Les rires de ma mère sont  des permis de séjour. " 

" L'enfance est comme un cœur dont les battements trop rapides effraient . Tout est fait pour que ce cœur lâche. Le miracle est qu'il survive à tout. ..."

" Il y a plusieurs maladies dans la vie . Ma mère par exemple , c'est la maladie de ne rien prendre au sérieux. C'est une maladie bénigne , qui n 'atteint aucune fonction vitale. Mon père , lui c'est une maladie incurable, celle de la perfection . Tout  doit être fait au mieux, et le mieux ce n'est jamais ça, jamais, jamais. c'est un mal éprouvant pour l'entourage. Au bout d'une année j'ai compris, je ne me précipite plus vers lui, je laisse traîner mon carnet sur le buffet et je n'écoute plus ses commentaires, c'est impossible d'écouter ce qu'on sait à l'avance. Je rejoins le camp de ma mère: devant tant d'aveuglement, j'éclate de rire.  ..."

" Elle est éternelle, ma mère.  Je sais bien que la mort  entrera un jour dans son corps et que l'âme en sortira pour ne pas manquer d'air, pour continuer de battre la campagne ailleurs, autrement. je sais bien , mais en attendant ce jour qui n'est surtout pas à attendre, je prends un plaisir fou à entendre sa voix , l'entendre pas l'écouter , les mots n'ont pas  si grande importance, qu'avons nous à dire dans la vie sinon bonjour, bonsoir, je t'aime et je suis là encore, pour un peu de temps vivante sur la même terre que toi..."

" Le mariage est encore la meilleure façon pour une femme de devenir invisible" 

"Je t'ai trompé mille fois (... ) tout ce qu'on vit est adultère, tout ce qu'on vit vraiment est secret, clandestin et volé, marcher sous la pluie fine et se réjouir du bruit des talons sur les pavés, prélever une phrase dans un livre et la poser sur son cœur un instant, manger un fruit en regardant par la fenêtre, ça aussi il faut dire que c'est tromper, puisqu'on y reçoit une joie brute qui ne doit rien, absolument rien au mari."
" Ce que l'on pressent d'une chose est bien plus éprouvant que la chose elle même .[...]je pense que le grand art est l'art des distances, trop près on brûle, trop loin on gèle, il faut apprendre à trouver le point exact et s'y tenir , on ne peut l'apprendre qu'à ses dépens comme tout ce qu'on apprend vraiment, il faut payer pour savoir, c'est ma première leçon d'enfance. "

" Le travail des mères , c'est de protéger les enfants de la noire humeur des pères. " 

 Résumé :  Il nous faut mener double vie dans nos vies , double sang dans nos cœurs, la joie avec la peine, le rire avec les ombres, deux chevaux dans le même attelage, chacun tirant de son côté, à folle allure. Ainsi allons-nous , cavaliers sur un chemin de neige, cherchant la bonne foulée, cherchant la pensée juste et la beauté parfois nous brûle, comme une branche basse giflant notre visage, et la beauté parfois nous mord, comme un loup merveilleux sautant à notre gorge. 



Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire