jeudi 12 mars 2015

En compagnie d'Heidrich


HHhH ... il fallait oser un titre pareil....
Au delà de cet acronyme énigmatique ( Himmlers Hirn heisst Heydricht ; le cerveau d'Himmler s'appelle Heydrich) c'est l'attentat perpétré contre celui qu'on surnommait le boucher de Prague que relate le roman de Laurent Binet ( Prix Goncourt du premier roman 2010)
C'est par le biais d'un de mes fils et avec un décalage par rapport à l'actualité littéraire que  je l'ai découvert.
Si j'ai été déroutée au début, par le parti pris de l'auteur, d'intégrer la réflexion à laquelle il se livre sur les liens qu'entretiennent fiction et vérité historique et tous les scrupules qu'il rencontre lors de son travail d'écriture, il se trouve que c'est aussi cela qui donne une saveur particulière à ce roman. 
Derrière cet impératif de restituer le plus fidèlement possible les événements historiques, se dessine au fil des pages le désir de rendre un hommage à tous ceux qui ont contribué à mettre un terme à la dictature nazie. 
Et on comprend à quel point cet attentat perpétré à Prague le 27 mai 1942,  par le slovaque Gabcik et le tchèque Kubis, tous deux parachutistes et ses répercussions ( représailles violentes contre la population, suivies d'un regain d'enthousiasme en faveur de la  résistance tchèque )  est capital. Il sonne comme le premier coup porté contre l'appareil nazi et le principal cerveau de ce projet monstrueux, qu'est  la solution finale.  
Au delà de l'intérêt que porte l'auteur au personnage d'Heydrich, c'est l'Histoire qu'il traque pour faire taire des questions qu'elle nous a légué. Les fantômes qui peuple cette honteuse époque, hante malheureusement encore la notre. La barbarie et les discours fallacieux qui l'ont habillé et déguisé  ne vieillissent pas, au regard de l'actualité terrible qui aura marqué ce premier mois de l'année 2015.

Ce que j'ai apprécié  particulièrement, au delà de la somme de choses que l'on peut y apprendre, c'est l'alternance narrative. Pénétrer l'Histoire et partager avec l'auteur, ses questionnements et ses choix, autant que ses renoncements, ses petits secrets et ses agacements  . 
Un passionnant roman ...


Extrait :
" Ceux qui sont morts sont morts, et il leur est bien égal qu'on leur rende hommage. Mais c'est pour nous, les vivants que cela signifie quelque chose. La mémoire n'est d'aucune utilité à ceux qu'elle honore, mais elle sert celui qui s'en sert. Avec elle, je me construis, et avec elle je me console."

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