dimanche 10 août 2014

Retour sur un procès pas comme les autres ....

Je reviens ce soir sur ce film sorti en salle depuis plusieurs semaines déjà, à savoir  le film de Shlomi et Ronit Elkabetz, " le procès de Vivian Amsalem" ,  huis clos, magnifique où tragique et absurde n'arrête pas de nouer des liens inextricables.
Durant deux heures, justement, il ne s'agira que de cela.
Comment  regagner son statut de femme libre en Israël quand on est enchaînée à un  homme par les liens du mariage ?
Au préalable une petite précision s'impose : dans ce pays démocratique, il faut savoir que c'est encore le mariage religieux qui régit la vie des couples. Non seulement il  n'existe  pas de mariage civil,( sauf dans le cas exclusif où l'un des deux membres n'est pas juif, cette exception et le texte qui l'officialisent n'ayant a été adoptés à la Knesset  qu'en 2010)  mais  le divorce ( Guett)  ne peut être accordé qu'avec le consentement du mari.
Après "Prendre femme" et "les 7 jours", le frère et la sœur co-réalisent le troisième volet de ce que l'on pourrait appeler une opération à  cœur ouvert de la cellule familiale israélienne.
On n'est guère loin du drame shakespearien . 

Ronit Elkabetz
Mais de quoi s'agit-il au juste ?
Depuis 3 ans, Viviane Amsalem, (Ronit Elkabetz)  cherche à obtenir auprès du tribunal rabbinique la dissolution de son mariage avec Elisha joué par Simon Abkarian . 
Quand le mari va t-il accéder à sa requête légitime? Quand ? Car l'évidence est là, ils ne vivent plus ensemble et Viviane a déjà quitté le foyer conjugal depuis plusieurs années.  
Pourquoi s'acharne t-il donc à lui refuser ce qu'elle réclame ? 
Se peut-il que son orgueil blessé le rende aveugle et sourd à la détresse de celle qu'il dit encore aimer ? 

Sasson Gabaï et Simon Abkarian

Difficile pour lui de changer de posture ..Et personne ne l'aide en ce sens... Car il faut que cela soit de son plein gré qu'il accepte, ne l'oublions pas... De plus Elisha est un membre apprécié par les fidèles de la synagogue qu'il fréquente. Ce qui parait primordial, ce n'est pas le bonheur et la paix entre les époux, mais garder intacte la structure familiale pour ce que l'on nomme trop facilement le "bien des enfants". De convocations en convocations, les deux époux font venir des témoins dans l'espoir d'infléchir la partie adverse. Les échanges virulents, cruels et  parfois cocasses dans une esthétique tirant vers l'épure, entraînent  le spectateur impuissant et révolté, à se poser des questions. 


Car vous l'aurez compris,  Viviane est passée rapidement du statut de plaignante à celui d'accusée. 
Devant l'aveuglement des 3 rabbins, comment ne pas s'interroger ?
Se pourrait-il que le mari soit la victime d'une situation qui le dépasse, comme certains voudraient le faire croire ? 

Ronit Elkabetz et Menshe Noy
Pourquoi s'entête-t-il à ce point, sans jamais sembler être touché par la détresse de sa femme? Devant sa froideur, comment ne pas songer à quel point il est passé maître dans l'art de la manipulation, mais aussi à quel point son comportement ressemble à celui d'un pervers narcissique qui se nourrit du pouvoir de nuire. Son épouse lui appartient .
Difficile alors de lui faire entendre raison. C'est là, tout le coté absurde de la situation, cet absurde qui rend fou. Et là aussi, il ne tient qu'à un fil pour que le mari réussisse à  mettre en doute l'état mental de son épouse, tant il la pousse à bout.
Le film ne traite  pas seulement  du pouvoir  que détient cet homme sur son épouse, il pointe de façon critique celui détenus par les responsables religieux, qui restent eux aussi sourds, manipulés mais aussi accrochés à leur prérogative de juges et du pouvoir qu'ils comptent bien conserver sur les femmes
En face, il .y a  la résistance de cette femme admirablement belle et rebelle, portée par Ronit Elkabetz, Pourquoi ne renonce-t-elle pas après tout ?  D'où lui vient cette force? Elle pourrait continuer à vivre loin de loin de son mari, comme elle le fait déjà.
Le divorce est important dans la mesure où elle voudrait se remarier et avoir d'autres enfants, pour éviter que ceux qui viendraient à naître, ne soient considéré comme des enfants adultérins. 
Mais là n'est pas la question, pour Viviane. Même si elle n'est pas pratiquante, elle tient à recouvrer sa liberté parce ce qui fait sens en elle, c'est la porté symbolique qu'elle accorde  au mariage qui lui intime de poursuivre son combat afin d'obtenir gain de cause. 
Quel prix est-elle prête à payer ?  
La fin du film y répond  mais cela inaugure d'autres questions.  
Evidemment, on ne sort évidemment pas indemne d'un tel film. Trois semaines environ après l'avoir vu, j'en garde la trace.
C'est  la force des grands films comme des grandes pièces de théâtre, que de pouvoir être lu à plusieurs niveaux et  de se prêter  à un foisonnement d'interprétations.
Je terminerai par cette phrase de Soulages, qu'un ami m'a  transmis récemment  :
" C'est le spectateur lui même qui construit le sens de l'oeuvre à travers ses émotions ." 


Ronit Elkabetz
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