dimanche 3 novembre 2013

Prisoners


Difficile de rester de marbre devant l'argument de ce thriller  psychologique !  Très vite le spectateur se sent happé par le drame que représente la disparition de deux fillettes Anna Keller et Joy Birch. En quelques minutes, le plaisir de se retrouver entre amis autour du traditionnel repas de Thanksgiving s'évanouit faisant place à une angoisse des plus pressantes. Les premiers indices conduisent le policier Loki ( interprété par Jake Gyllenhaal)  à arrêter un premier suspect, un attardé mental, au volant d'un camping-car. Mais faute de manque de preuves, celui-ci va  être  relâché au bout de 48 heures. L'enquête semble être au point mort. Or pour le père d'Anna Keller (joué par Hugh Jackman), convaincu qu'il s'agissait là du kidnappeur, cette décision est un non-sens insupportable.  Pour celui qui s'est fixé comme impératif de toujours protéger les siens, la pression devient alors insoutenable, d'autant plus que sa femme  sombre doucement dans la neurasthénie.  Conscient que  le temps joue contre lui, il décide de poursuivre de son côté ses recherches et se met presque naturellement à surveiller les faits et gestes du seul suspect. Devant le comportement sadique qu'il le voit adopter envers son chien, il n'hésite pas à passer à un mode opératoire plus agressif. Le film prend  alors un singulier virage quand le présumé coupable devient la victime.. 
Le malaise nous gagne, au fur et à mesure que le désir de Keller d'obtenir des informations susceptibles de lui rendre sa fille, se transforme en volonté dévorant progressivement les derniers bastions de sa conscience. Il donne l'impression  d'être aspiré dans un engrenage fatidique, malgré ses convictions religieuses aveuglé qu'il est par ses convictions, son besoin d'obtenir des réponses, la  colère et la douleur qui l'étreignent.
Les premiers sévices n'aboutissant à aucun résultat, avant de passer à un stade plus cruel, Keller fera appel au père de Joy, dans l'espoir qu'il va l'assister et  partager les émotions contradictoires qui l'animent. Mais la besogne répugne ce dernier; malgré lui,  par lâcheté, et sans doute pour être solidaire,  il  en deviendra son complice. Mais là encore la culpabilité fait des ricochets et poussera le père de Joy à trouver des  échappatoires... Ne pouvant garder  un pareil secret il finira par  mettre sa femme au courant.  
Hugh Jackman et Paul Dano

Le malaise que provoque le film provient du fait que le réalisateur québécois Denis Villeneuve ne cesse de brouiller les pistes. On l'aura compris de victime à bourreau, il n'y a parfois qu'un pas, que le délire à tendance paranoïaque permet de franchir sans trop d'état d'âme! 
Une question rode. Que ferions nous dans une situation similaire? A partir de quel moment, un homme en apparence sain d'esprit, se mue-t-il en tortionnaire ?
Chez Keller, certains verrous sautent !  Marqué par le suicide de son propre père, il est vraisemblable qu'il tente de façon inconsciente de régler ses comptes afin d'éponger une ardoise empreinte de culpabilité. 
 Outre la façon dont le thriller est habilement ficelé, l'intérêt du film à mes yeux, se situe là. Il  nous offre la possibilité de nous interroger sur l'insidieuse banalité de la violence dans un pays, à l'identité fortement sécuritaire, comment celle-ci s'invite au détour d'un drame, réduisant peu à peu tout conscience morale à une peau de chagrin.

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