lundi 30 septembre 2013

Georges Devereux en héritage


Comment la rencontre d'un ethnologue, Georges Devereux, formé à la psychanalyse va t-elle pouvoir soigner les troubles d'un indien Blackfoot, vétéran de la Seconde guerre mondiale? 
Basé sur son livre de 600 pages " psychothérapie d'un indien des plaines" , le film d'Arnaud Desplechin invite le spectateur  au cœur d'une thérapie, synonyme de dernière chance pour cet indien souffrant de troubles visuels temporaires, de vertiges, maux de tête, accompagnés d'hallucinations.
Comme le dit sa sœur, depuis son retour au pays, " il n'a qu'une moitié de vie ".   Cela proviendrait-il de la blessure au crâne qu'il a eue pendant la guerre?  Très inquiète pour son état, elle décide de le conduire à l'hôpital militaire de Topeka dans le Kansas. Après de multiples examens, les psychiatres qui l'ont examiné en arrivent à la conclusion que les fonctions physiologiques sont intactes. Mais avant de rendre comme diagnostique une probable  schizophrénie, l'un d'entre eux a l'idée de faire appel à un ethnologue, spécialiste des cultures amérindiennes, formé à la psychanalyse.
On assiste à la magie d'une rencontre. Rencontre improbable et déterminante pour l'un comme pour l'autre, entre un psychanalyste juif à l'accent roumain, et cet indien névrosé.
La question qui s'impose d'emblée: comment rendre à l'écran ce que représente des heures de séances, hors du temps, où le temps miraculeusement se dilate, revient en arrière, encore et encore, accompagné de nouveaux mots, pour soigner des maux plus anciens ? La caméra d'Arnaud Desplechin réussit à rester discrète, tout en étant indiscrète. Gros plans, et cadrage serré. Elle se fraie un chemin dans la jungle de la psyché, nous livrant au passage la clé de toute thérapie, la confiance. Confiance qui s'installe dès les premiers échanges, au travers d'une disponibilité à entendre comme à être entendu.
Dans ce film à ne pas manquer, on retiendra aussi que le rêve peut devenir  un  partenaire, pour qui veut bien lui faire une petite place.  Par son interprétation, il nous est enfin possible d'entendre des voix  aussi discrètes,qu'étouffées et étranglées;  s'entremêlant dans un contrepoint subtil, elles intercèdent pour un passé presque effacé,  ou parlementent autour d'un futur, proposant de nouvelles pistes à emprunter.
La sobriété et la pudeur de Benicio de Tel Toro, remarquable, croise ici la vivacité et la perspicacité d'un Mathieu Amalric, attentif et animé d'une saine curiosité, celle de comprendre l'âme humaine et de délier ce qui la maintient prisonnière, sans en retirer un quelconque vanité.
Quelle formidable leçon !

Bénicio del Toro dans le rôle de Jimmy Picard 
Mathieu Amalric et Benicio del Toro

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