dimanche 28 juillet 2013

L'homme-joie ou comment célébrer la vie



"J'ai rêvé d'un livre qu'on ouvrirait comme on pousse la grille d'un jardin abandonné."  écrit l'auteur . Mais de que jardin abandonné s'agit-il ?  De son Creusot, Christian Bobin, nous livres une série de réflexions et de souvenirs, empreints de poésie, construit autour de 15 portraits d'être chers disparus, ou simplement  croisés, d'artistes contemporains, ( Soulages et Glenn Gould),ou encore  de dramaturge et peintre des siècles passés. Au centre, il y a un mystérieux carnet bleu écrit à la main, envoyé en 1980 à la "plus que vive", son amie Ghislaine, morte d'une rupture d'anévrisme à 44 ans. 
Livre déroutant pour certains, envoûtant pour d'autres,
Une fois de plus c'est lors de l'émission La Grande Librairie, que j'ai eu l'occasion de découvrir à la fois l'auteur, et son sourire irradiant et sa voix paisible.
Ce livre se respire. La fraîcheur et la saveur du ton de  son auteur est comme une petite musique qui continue de chanter dans votre mémoire, en égayant votre journée. 

Christian Bobin 



Je vous livre ici quelques extraits:

 "  La pureté n'est jamais si pure que lorsqu'elle fleurit au milieu de l'impur. La vie n'est jamais si forte que lorsqu'elle est entraînée par un côté, empêchée dans une de ses voies: elle file limpide par l'issue qu'il lui reste." 

Ecrire c'est dessiner une porte sur un mur infranchissable et puis l'ouvrir "

" Il y a dans la nature les fragments d'un alphabet ancien, des morceaux des lettres capitales, des ruisselets d'italiques, de grands espaces bleus de silence. " 

 " Faire la vaisselle est une activité métaphysique qui redonne à un morceau de matière un peu de l'éclat du premier matin du monde. " 

" C'est par distraction que nous n'entrons pas au paradis de notre vivant, uniquement par distraction." " Deux anges couillus descendus sur terre pour remettre de l'ordre: Menuhin et Oïstrakh dans une vieux film noir et blanc jouent un concerto de Bach? Les deux violonistes jouent si intensément qu'on dirait qu'ils ne jouent pas et ne font qu'entendre. Oïstrakh écoute son violon plus fébrilement qu'une mère guette la respiration de son nouveau-né. en smoking, ces deux employés du ciel soulèvent le monde comme on ramasse une pierre qui encombre le chemin pour le jeter   au loin. Leurs mains blanches s'envolent des manches noir corbeau. Menuhin ferme ses paupières sous le poids d'une pensée, lève son aristocrate visage vers le maître du silence tout là-haut dans les cintres. Je vois le bec de cygne de la main, je vois l'archet brutalement rejeté par la corde qu'il caresse, je sais que Bach est fou, je l'entends, il est fou d'une folie d'angoisse. Sa musique se rue vers Dieu comme un enfant en bas âge se lance d'un coup sur ses jambes novices, misant que la chute  arrivera juste au creux des bras de la mère, dans leur demi-cercle accueillant. Et l'enfant poussé par des mains d'angoisse court sur l’abîme recueilli à temps par les bras maternels du silence. " 




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