jeudi 6 juin 2013

Le mec de la tombe d'à côté


A côté, justement ! J'étais passée à côté de ce livre à  succès.  Sans  m'y arrêter, sans même me  retourner pour feuilleter quelques pages. D'autres chats à fouetter sans doute, et puis un jour, vous apprenez  en parcourant la page facebook d'une amie que vous aviez d'ailleurs perdue de vue, a beaucoup aimé ce livre; (cette amie avait été à l'origine d'un certain nombre de bons moments de lecture.) Du coup la curiosité l'emporte, lorsque ce livre vous nargue dans la boutique d'un bouquiniste chez lequel je suis rentrée sans conviction, juste peut-être l'intuition  qu'il suffit parfois faire quelques pas à droite ou à gauche pour chasser une quelconque morosité.

C'est justement ce qui arrive à Désirée, jeune veuve, bibliothécaire. Elle passe beaucoup de temps au cimetière à "parler" avec son défunt mari Örjan. Elle aimerait sans  doute être tranquille.  Mais il y a cet homme, le Forestier, qui vient prendre soin de la tombe d'à côté. Tout les oppose : avec sa carrure d'agriculteur  auquel il manque deux doigts à la main gauche, il dégage une fierté paysanne un peu frustre alors que Désirée avec sa frêle silhouette et sa discrétion  chercherait  presque à faire oublier qu'elle est une femme, si son horloge biologique ne venait pas le lui rappeler.
Pourtant, ce qui aux premiers abords, leur a éveillé de part et d'autre fait une méfiance et une certaine antipathie, va curieusement les attirer inéluctablement l'un vers l'autre. Un simple regard, suivi d'un sourire  énigmatique, et la machine s'emballe. La solitude qu'ils éprouvent,  finira tout naturellement par pousser Benny  à rompre la glace. Et Désirée qui s'interdisait même de rêver à une possible rencontre sautera littéralement sur l'occasion.  
La naissance de cet amour assez improbable réserve plus d'une situation pittoresque, regorgeant d'humour, Outre les embuches inévitables auxquelles  il se heurte quand il surgit entre deux personnes issues de milieux sociaux différents, Katarina Mazetti soulève de plus subtiles et essentielles questions sur la difficulté de vivre à deux, d'accepter les différences de l'autre et pouvoir se fixer des limites pour ne pas perdre sa propre  identité dans cette aventure humaine.
Leurs différences ne proviennent pas tant de leur appropriation du langage, qui aurait pu pu être plus distincte (pour une bibliothécaire, le verbe est loin d'être policé) mais à leur centre d'intérêt et à l'ordre de priorité de leur choix. 
(Foto: Anders Wilkund / Scanpix) Katarina Mazetti.
Ce livre est assez désopilant, je dois l'avouer, j'ai beaucoup ri intérieurement.
La fragilité de l'amour a quelque chose d'émouvant et d'universel et  le talent de Katarena Mazetti provient sans doute d'abord de ses qualités à rendre palpable les pensées de ces deux êtres en ébullition affective. Le style très parlé y est pour beaucoup et on comprend que le livre ait été adapté pour le théâtre.
Par ailleurs en alternant à chaque chapitre le ressenti de Désirée puis celui de Benny, (processus narratif qui, s'il  n'a rien d'original  fonctionne très bien) ajoute une dimension comique aux situations qui n'en manquent déjà pas mais aussi un brin de cruauté car les méprises sont bien souvent à l'origine des blessures.
L'autre est rarement  là où on l'espère, ce qui selon les tempéraments est source de bonheur ou  d'infortune.

EXTRAITS

"Il commence à être assez défoncé et abimé maintenant le sentier qu'on emprunte toujours quand une question qui pourrait être importante se met à nous brûler . On a recours à des blagues et on contourne tout ce qui est compliqué. " p187

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