lundi 22 avril 2013

Les gosses



 J'ai lu ce roman d'une traite. Il s'agit d'une succession de petits tableaux de la vie d'une femme d'une quarantaine d'années. Mère de 3 enfants, cette illustratrice qui travaille à son domicile, tente de mener sa barque, sans faire chavirer  l'équipage dont elle a la charge. 
Entre un fils ainé qui a raté son bac et s'enfonce dans une sorte de léthargie chronique, une fille de 16 ans qui doit passer le bac français
à la fin de l'année,  mais qui semble obnubilée par l'image qu'elle donne d'elle même et une petite dernière, de douze ans, écolo surveillant la qualité nutritionnelle des repas familiaux,  le quotidien peut vite devenir éprouvant. Toute mère de famille peut aisément se projeter dans  le portrait que nous propose Valérie Clo.
Ce livre n'est pourtant pas le cri de révolte d'une mère totalement submergée. Non, c'est une bouffée d'oxygène. On la sent au bord de la crise de nerfs, peut-être même au bord d'un gouffre, la dépression mais elle s'accroche comme elle peut. C'est ce qui est si drôle et qui nous la rend si attachante. Elle nous ressemble... Ses ambitions sont simples. Elle rêve par exemple de repas plus sereins, où personne ne ferait la gueule, de chambres rangées, ou encore que son fils rencontre une fille qui réussira à le motiver.  Il lui arrive de fermer l’œil sur ce qui cloche,  parce qu'elle voudrait simplement avoir la paix pour rendre son travail. Elle oscille entre lucidité, faiblesse, pessimisme, abnégation, courage. Bref cette femme est humaine, faillible et pourtant c'est une super-woman anonyme du quotidien

Valérie CLo
J'ai croqué ce roman  à belle dents, comme on commence un repas en grignotant quelques radis. Du fait qu'il n'est pas découpé en chapitre, je ne me suis pas arrêtée. En ce début de printemps, cette suite de chroniques est rafraichissante ; surtout que le ton enlevé du début ne retombe jamais. Pas de baisse de régime.
J'aurais  parfois aimé que l'auteur prenne un peu de hauteur et approfondissent l'angoisse de la mort et la peur de vieillir qui étreint  cette mère de famille au point qu'elle se rende aux urgences. Son parti pris est la légèreté et c'est sans doute mieux ainsi.  Peu importe finalement, car je n'ai boudé ce plaisir sans prétention. 

 Extrait:
" Après vingt ans de vie maritale et deux ans de reopos sentimental, je commence à peine à éprouver l'envie de rencontrer quelqu'un. Et encore, c'est fragile. Je suis devenue très difficile, ce n'est pas pour me mettre avec le premier cas qui passe sous mes fenêtres. Mes enfants ont du mal à comprendre mon besoin de solitude . Ma mère n'en parlons pas, ça la dépasse, elle qui est capable de toutes les compromissions pour ne pas rester seule." Page 67

" Le matin, lorsque je me regarde dans la glace et que je me passe de la crème sur le corps, même constat accablant. Je me remonte le moral en me disant que ne  suis pas trop mal- pour mon âge-, oui mais pour combien de temps encore? Ma mère apparait dans le miroir, elle tient dans sa main un vieux réveil qui fait tic tac, en même temps que sa tête balance de droite à gauche. Elle chante " avec le temps, va tout s'en va" me rappelle que je ne suis plus "au temps des cerises" et qu'il y a urgence à "rencontrer l'homme de ma vie" Page 73

"Depuis qu'elle est allée voir une psy, il y a deux ans , ma fille , la grande, veut devenir psychologue plus tard. Elle clame que c'est le plus beau métier du monde, ce qui ait doucement rigoler son frère[...] Quand lle me dit avec un sourire complice que c'est à cause de moi, ou grâce à moi, au choix, qu'elle veut devenir psy, je ne pose pas de question, je préfère ne pas savoir ce qu'elle veut dire. Je lui retourne son sourire entendu, bien sûr, bien sûr, c'est évident , c'est toujours à cause de la mère."  page 76

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