mardi 12 mars 2013

La recette d'un succès


Joël Dicker (photo Keystone)
Avec "La vérité sur l'affaire Harry Québert" Joël Dicker relève le pari de tenir son lecteur en haleine durant plus de 600 pages.
Mais quel est la recette d'un tel succès? Grand Prix du Roman de l'Académie Française puis couronné du Prix Goncourt des lycéens, ce thriller est un roman à tiroir qui aborde parallèlement l'amitié qui lie deux écrivains, la confiance et son envers, la trahison, mais aussi  l'écriture romanesque et le succès qui l'accompagne parfois. Mais revenons au cœur de l'intrigue. L'histoire est celle de Marcus Goldman, un jeune écrivain en panne d'inspiration, qui voit son  mentor, accusé du meurtre d'une jeune fille de 15 ans. A l'annonce de l'arrestation d'Harry Québert, son ancien professeur, Marcus Goldman, alors qu'il est harcelé par son éditeur qui lui réclame un nouveau manuscrit, sous peine de rompre leur contrat, décide de quitter New York afin de reprendre l'enquête. Non seulement le corps de la jeune Nolla Kellergan portée disparue depuis plus de 30 ans, vient d'être découvert  dans le jardin d'Harry Québert, mais elle tenait dans ses mains le manuscrit des "origines du mal", roman qui l'a rendu célèbre.
Refusant de se laisser abuser par cette pièce à conviction accablante, le jeune romancier va s'astreindre à démonter le chef d'accusation qui pèse sur Harry. Mais très vite, il va comprendre que la recherche de la vérité dérange surtout lorsqu'il est question d'amour entre une adolescente de 15 ans  et un homme qui en a le double. D'ailleurs il fera lui même l'objet de menaces. Pourtant il ne lâchera pas l'affaire. Il en va aussi de leur amitié et de la confiance qu'il porte à son maître. Porté aux nues par l'Amérique toute entière, Harry Québert subit un lynchage médiatique en écho au rejet et à la haine qu'éprouvent à son égard tous les habitants de la petite ville d'Aurora dans le New Hampshire, qui l'ont adopté comme un des leurs avant qu'il n'ait publié son célèbre roman
Ed. de Fallois /L’Age d’Homme
665 pages, 22 euros.
 Les préjugés ont la vie dure. Avant que les masques ne tombent et que la vérité n'éclabousse ceux qui ont côtoyé le petite Nolla, Joël Dickert nous aura fait partager les réflexions et les doutes incessants par lesquelles ces deux  écrivains à trente ans d'intervalle passe avant de noircir leurs premières pages et de pouvoir accoucher de leur manuscrit. Cet aspect du livre ajoute une profondeur au thriller.  Procédé facile diront peut-être certains...
Peu importe car  lire ce livre a quelque chose d'assez  jubilatoire.  Une fois commencé, on ne peut plus le lâcher.


Extraits

(page104)
- Et vous pourquoi êtes-vous devenu écrivain, Harry?
- Parce qu'écrire a donné du sens à ma vie. Au cas où vous ne l'auriez pas remarqué, la vie d'une manière générale, n'a pas de sens. Sauf si vous vous efforcez de lui en donner un que vous vous battez chaque jour, que Dieu fait pour atteindre ce but. Vous avez du talent Marcus: donnez du sens à votre vie, faites souffler le vent de la victoire sur votre nom. Être écrivain, c'est être vivant.
-Et si je n'y arrive pas?
- Vous y arriverez. Ce sera difficile , mais vous y arriverez. Le jour où écrire donnera  un sens à votre vie vous serez un véritable écrivain. D'ici là , surtout n'ayez pas peur de tomber.

(Page 531)
- Vous êtes cynique Roy, lui répondis-je. 
- Non, bon Dieu , non! Arrêtez de m'accuser de tous les maux! Je suis simplement dans la réalité. Vous, vous êtes un doux chasseur de papillons, un rêveur qui parcourt la steppe à la recherche d'inspiration. Mais vous pourriez m'écrire un chef d’œuvre sur le Soudan; que je ne le publierai pas. Parce que les gens s'en foutent! Ils s'en foutent ! Alors, oui, vous pouvez considérer que je suis un salaud, mais je ne fais que répondre à la demande. Le Soudan tout le monde s'en lave les mains et c'est comme ça. Aujourd'hui, on parle de Harry Québert et de Nolla Kellergan partout, et il faut en profiter: dans deux mois, on parlera du nouveau président et votre livre n'existera plus .
(page 624)
"La vérité ne change rien à ce que l'on peut éprouver pour autrui. C'est le grand drame des sentiments. "



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