jeudi 21 février 2013

Lincoln



S'attaquer à un  mythe est un pari délicat, mais quand ce mythe est porté par un acteur comme Daniel Day Lewis, le gagner devient à portée de main. Si je suis allée voir ce film, c'est d'abord pour sa prestation; j'en suis ressortie complètement enthousiaste, car il  incarne  ce personnage historique de façon magistrale. Dire que cet acteur a plus que du talent, ce serait laisser de côté l'énorme travail qu'il y a en amont d'une telle performance. Mais il n'est pas seul, Sally Field  qui incarne l'épouse dépressive du président est tout aussi remarquable ainsi que Tommy Lee Jones.
Sally Field
Je risque de vous étonner en avouant qu'à plusieurs reprises, durant la projection du film, je me suis demandé quel en était le réalisateur. Si j'avais eu  à un moment quelconque accès à cette information, je l'avais complètement effacée de ma mémoire. J'étais donc plutôt curieuse de découvrir son nom sur le générique de fin.
J'hésitais entre un réalisateur rempli d'expérience, qui n'a plus rien à prouver à personne et peut se permettre d'imposer certaines scènes parfois un peu longues, avec un  réalisateur plus jeune, pour lequel savoir-faire et surtout beaucoup d'aplomb  et une force de conviction lui auraient permis  de s'opposer aux diktats formatés d'une industrie qui cherche avant tout  à faire des bénéfices sans trop de risques. Steven Spielberg réunit à lui seul toutes ses qualités. Car en choisissant de se focaliser sur les derniers mois de la vie de Lincoln, et de traiter du bras de fer qu'il entreprit à Washington, pour faire passer le treizième amendement, synonyme de l'abolition de l'esclavageil  n'a pas craint de mettre le spectateur à rude épreuve, car les scènes où il n'est question que de concertation en petit comité, de pourparlers stratégiques, ou encore de débats musclées à l'assemblée sont nombreuses. Cela demande un certain effort pour suivre les différents protagonistes à  travers ce dédale subtil de rhétorique politicienne et de manipulations
Sally Field et Daniel Day Lewis
Mais ces scènes sont d'autant plus utiles qu'elles nous permettent de saisir à quel point la conscience de Lincoln fut mise à l'épreuve devant certains choix et à quel point la valeur temps est une donnée essentielle.
Alors que Lincoln est en position de force pour signer rapidement un traité de paix avec les sécessionnistes et mettre un terme à la guerre qui sévit depuis plus de 4 ans et satisfaire en même temps son épouse, qui ne voit là qu'un moyen d'éviter à son fils de risquer sa vie,  le président ne baissera pas les bras, s'obstinera à faire passer en priorité son projet de loi. 
Car signer la paix avant  le vote du 13ème amendement repousserait tout espoir de voir celui-ci être adopté par la chambre des représentants. Derrière les intrigues et  les manoeuvres politiciennes, loin d'être toujours irréprochables, il y a la vision d'un homme, qui le dépasse, ce qui sans doute caractérise les grands chefs d'état, et les grands hommes en général. Le cadrage et  la lumière renforcent le jeu des acteurs. C'est superbe. ( le directeur de la photographie est Janusz Kaminski avec lequel Spielberg a réalisé notamment " la liste de Schindler" )


Daniel Day Lewis
  La lecture que nous propose Steven Spielberg, si elle néglige certains aspects historiques, pour mettre en lumière l'accent sur ce que le 13ème amendement a engagé comme progrès dans les consciences, est d'autant plus intéressante qu'elle nous permet de mesurer l'évolution d'un processus démocratique et de nous rappeler s'il en était besoin l'importance de protéger et défendre encore aujourd'hui ces valeurs.



Daniel Day Lewis

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