jeudi 17 janvier 2013

Un bonheur parfait



" En vérité il existe deux sortes de vie selon la formule de Viri, celle que les gens croient que vous menez et l'autre. Et c'est l'autre qui pose des problèmes et que nous désirons ardemment voir. "

C'est l'histoire d'un couple heureux Nedra et Viri. Il est architecte, et espère que sa notoriété le conduira à passer à la postérité. Nedra est une femme intelligente et cultivée, qui aime recevoir.  Ils vivent avec leur 2 filles et leur chien dans une banlieue aisée de New York. Ils forment un couple parfait. Les premiers chapitres nous le laissent croire. Et c'est leur quotidien et le bonheur insouciant qu'il partage, que James Salter prend le temps de décrire  
Malgré la beauté de certaines phrases descriptives, je me suis rapidement essoufflée, et ma lecture est devenue poussive. Un ennui s'était emparé progressivement de moi , accompagné d'une petite irritation que je réfrénais tant bien que mal. A vrai dire, ce qui m'agaçait justement, c'était  la  construction des phrases et l'agencement  trop répétitif  du "sujet verbe et complément"   Cette monotonie stylistique commençait à m'être intolérable. Au point que je me demandais si je n'allais pas abandonner ce livre, ce qui n'est pas du tout  dans mes habitudes !  
J'étais pourtant intimement convaincue que ce roman,  me promettait bien autre chose que cet agacement passager. Alors j'ai continué.  Le plaisir est arrivé; il ne m'a plus quitté.
Après coup, je me demande si cette monotonie rythmique provient de la traduction ou si cela a été voulu par l'auteur. Bizarrement, il me semble que cela m'a permis d'être davantage à l'unisson de ce couple, de  vivre en empathie avec eux et partager l'habitude et l'ennui qui peu à peu tisse sa toile dans leur relation Le piège se referme. Quelques signes, un rien... de simples petites dissonances  remplacent peu à peu les accords  parfaits de cette mélodie familiale.  Trop beau, trop lisse... On regarde le passé. On essaie d se projeter vers l'avenir... Le temps fait son œuvre. Viri succombe au charme d'une collègue de bureau. Schéma classique. Véra s'en rendra-t-elle compte, se demande Viri., dont l'humeur s'est modifié. Curieusement, le  rythme à l'intérieur des phrases se modifie lui aussi, comme si  le désir, et le manque qui l'accompagne donnait un nouveau souffle à sa vie. 
Nedra est dans une quête différente, celle de la liberté et de la connaissance de soi même. 
Sans doute n'aurais-je pu lire ce livre à 20 ans.  Je l'aurais trouvé trop déprimant et  pessimiste car dans ce roman il s'agit avant tout  de l'usure du couple, des compromis, du regard que les deux époux portent sur leur vie,de leurs espérances déçues,  de leurs objectifs qui  divergent, de leur éloignement progressif,  du spectre de la vieillesse qui ne dit son nom, mais les interpelle et enfin  de cette liberté qu'il croyait perdue. 
Nul besoin de lyrisme, pour nous émouvoir.  L'auteur regarde et  écoute ses personnages sans les juger.  
C'est un hymne à la vie ordinaire et au libre arbitre
 Extraits :
"Mais le savoir ne vous protège pas, la vie méprise la raison; elle le force à faire antichambre à attendre dehors. La passion, l'énergie les mensonges, voilà ce que la vie admire. Néanmoins on est capable de supporter beaucoup de choses si l'humanité entière nous regarde? Les martyrs sont là pour le prouver. Nous vivons dans l'attention des autres. Nous nous tournons vers elle comme les fleurs vers le soleil. 
Il n'existe pas de vie complète, seulement des fragments. Nous ne sommes nés pour ne rien avoir, pour que tout file entre nos doigts. Pourtant , cette fuite, ce flux des rencontres, ces luttes, ces rêves.... Il faut être une créature non pensante, comme la tortue. Être  résolu, aveugle.  Car tout ce que nous entreprenons et même ce que nous ne faisons pas nous empêche d'agir à l'opposé. Les actes détruisent leurs alternatives, c'est cela le paradoxe.  De sorte que la vie est une question de choix- chacun est définitif et sans grande importance, comme le geste de jeter des galets dans la mer. "   



James Salter
" Les enfants sont notre récolte , nos champs , notre terre; ce sont des oiseaux lâchés dans l'obscurité. Des erreurs renouvelées. Néanmoins, ils sont la seule source d'où nous pouvons tirer une vie plus réussie, plus intelligente que la nôtre. D'une certaine façon, ils feront un pas de plus, ils apercevronnt le sommet. Nous croyons à la splendeur jaillie d'un avenir que  nous ne verrons pas. "

" Certains individus sont tellement désespérés que même quand ils sont inactifs , même quand ils dorment, nous devinons qu'ils brûlent leur vie. Ils ne gardent rien pour plus tard. Ils n'en ont pas besoin. Chaque heure qui  passe est une déchéance, un acte de rejet. "

"La dégradation est cachée, elle doit atteindre un certain stade avant de crever la surface, avant que les piliers ne commencent à céder, les façades à s'effondrer. Son nouvel amour était comme une blessure. Il avait sans cesse envie de la regarder, de la toucher. "

"La liberté dont elle parlait, c'était la conquête de soi. ce n'était pas un état naturel. Ne la connaissaient que  ceux qui voulaient tout risquer pour y parvenir et ne se rendaient compte que sans elle, la vie n'est qu'une succession d'appétits jusqu'au jour où les dents vous manquent. " 

" C'est toujours un accident qui nous sauve."

" A quoi penses- tu amour ?  [...]
-  Rien n'est avouable, mais certaines choses sont difficiles à dire. "

Writer James Salter at in his Bridgehampton, N.Y., home in 2005.

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire