jeudi 13 décembre 2012

" Tobie or not Tobie "


 "ETHNO- ROMAN "


J'avais retardé le moment d'acheter ce livre. Le passage de l'auteur à " la Grande Librairie " m'a poussé à franchir le pas. Il m'a fallu encore patienter  avant de pouvoir  me plonger dans sa lecture. Mon mari m'avait devancé, sitôt le livre acheté.
La perspective de trouver dans les mots d'un autre ce qui résonne chez soi, est souvent alléchante. Je l'ai vu accueillir ce livre à la fois comme une confirmation et comme un baume, de ce qu'il a lui même vécu en quittant la chaleur de sa Tunisie natale. Indubitablement cela laisse plus d'une  trace,. Ce livre s'écoute comme une conversation que l'on surprendrait dans un train. C'est très agréable. Avec beaucoup de  tendresse et d'humour,  l'auteur nous livre certaines pages de son existence.   Sa famille,  ses ancêtres  y tiennent une place prépondérante. Son parcours est celui d'un émigré, qui pose les pieds d'abord en Italie puis en France à Gennevilliers. Les souvenirs et les réflexions s'enchainent entre une mère qu'il dépeint comme un fragment d'intelligence pure, un père qui demeure une énigme et un frère qu'il aime " tout simplement".
Sa curiosité intellectuelle et son besoin de comprendre le monde en effervescence le conduisent à ouvrir ses premiers livres de psychanalyse et ensuite à s'inscrire  en fac de sociologie, quand résonne les slogans de Mai 68. Grâce à la  plume de Tobie Nathan, il devient  facile de respirer quelques uns de ses parfums entêtants.
Son récit est fait de nombreux allers-retours. Comme les brodeuses, qui connaissent l'art de raconter sans jamais quitter leur ouvrage, il  revient à plusieurs reprises sur son enfance égyptienne. Il s'y ressource.Cela résonne comme un leit-motiv.C'est là que s'enracine sa compréhension des traditions orales. Alors quand il rencontre Georges Devereux, il y a comme une reconnaissance  naturelle , évidente, tacite que l'un devient le maître et l'autre l'élève qui lui succédera. " Son expérience, écrit Tobie Nathan me semblait infinie, la mienne surtout imaginaire - il avait fait le tour du monde et moi plusieurs fois celui de ma chambre." Plus loin , il le présente comme un "découvreur, un décapsuleur, un maniaque de l'euréka." Le portrait qu'il dresse de son maître, permet de saisir la complexité d pionnier qu'il fut
http://tobienathan.wordpress.com/about/trouve-toi-un-maitre/
Cette spécialité  est encore jeune. Tout est à inventer. A Bobigny,  ce sera Serge Lebovici qui en  lui donnant carte blanche, lui permet d'ouvrir le premier centre Georges Devereux à St-Denis . Seul un  homme déraciné et curieux  est à même d'entendre derrière les souffrances et les errances  des patients qu'il reçoit, l'impact de la culture d'origine sur les processus d'adaptation et d'insertion ; seul un homme qui n'ignore pas la force des mythes et des rituels ancestraux, de la force de  la "pensée magique" est à même de soulager et guérir. 


Un proverbe touareg dit qu' "Au premier voyage on découvre, au second on s’enrichit."  Tobie Nathan, a voyagé pour rencontrer des guérisseurs africains,  réunionnais ou brésiliens. D'ailleurs les récits de ces rendez-vous assortis de guérisons étonnantes jalonnent le roman.  C'est l'expérience de toute une vie que l'auteur nous propose. Ce livre pourrait n'être qu un essai intéressant, il est bien davantage par  les leçons de vie qu'il nous donne à mi voix .
Nous l'en remercions.

Tobie Nathan 

Extraits:
 " J'ai seulement appris de mon père que l'on ne peut prier contraint, que Dieu est seulement une présence et la prière, quelquefois la chance d'une visite. " 


" En quelques mois j'étais devenu un petit italien turbulent expert en italianité.Je servais de guide à mon père resté suspendu, pas encore parti d’Égypte, ne sachant s'il resterait là, qui regardait de l'autre côté de la mer une terre qu'il n'atteindrait kamis... Tel est souvent le destin des enfants  dans les familles migrantes, guides de leur propres parents dont l'âme parasitée est hypnotisée par ce monde trop nouveau. "
" Combien d'enfants ne parviennent pas à se familiariser avec le savoir, parce qu'il leur arrive comme venin. "
" Si les psychanalystes ont si souvent des airs de parvenus, c'est que se sentant investis par leurs patients et par leurs élèves comme modèles, ils finissent par coller au rôle. Je sentais le rôle  social m'agripper, me coller aux basques. Et puis le métier de psychanalyste est un tel esclavage qu'il laisse peu de temps à la fantaisie. j'ai obtenu quelques succès thérapeutiques, néanmoins, mais besogneusement, sans panache. Pour ceux-là, comme on dit, " j'avais mouillé ma chemise!" Je ne savais pas encore le formuler , mais je pressentais que les pathologies des patients s'améliorent à l'aune des sacrifices consentis par le thérapeute. "  

"Je soignais pour apprendre ; j'apprenais pour enseigner ; j'enseignais pour retenir ce que j'avais appris. "
http://tobienathan.wordpress.com

Tobie Nathan à la grande Librairie 


        

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