mardi 6 novembre 2012

Une enfance israélienne

"C'est le  premier livre d' Amos Oz, que je découvrais.

Roman sur l'enfance, ou plutôt sur cette période entre l'enfance et l'adolescence, où les limites sont floues à un moment de l'histoire où justement les limites du futur état israélien se profilent.  Roman sur le sentiment de la trahison, et les limites qui la bordent.
 J'ai trouvé ce roman très touchant, à la fois drôle et tendre, sans doute est-il largement inspiré de la propre enfance de l'auteur.

A l'aube de la création de l'état d'Israël, un garçon de 12 ans, surnommé Profi s'interroge sur le sens du mot traitre. Désigné comme tel par ses deux copains  Ben Hur et Chita . Ensemble ils ont créé  l'Olom, organisation pour la liberté ou la mort. Engagé dans cette lutte  pour repousser l'occupant anglais, Profi se trouve confronté à un dilemme depuis qu'il s'est fait surprendre par le couvre-feu.et qu'un sergent de l'armée anglaise l'a ramené à sa famille, morte d'inquiétude. Or cet homme est à l'opposé de l'image que ce garçon s'est forgé sur l'occupant. Plutôt débonnaire, le sergent Dunlop est  un homme qui éprouve beaucoup de respect pour le peuple juif  à tel point qu'il demande au garçon de lui apprendre sa langue.  En échange, celui-ci lui enseignera l'anglais. Après quelques hésitations, Profi accepte. A ses copains, il présente son geste comme un moyen d'infiltrer l'ennemi. Pourtant, il sent bien qu'il s'aventure sur un sentier dangereux, celui de la trahison. La question  rode, enfle, ne cesse d'assaillir le cœur  du garçon." La trahison d'une trahison annulerait-elle une trahison? " se demande t-il.
Ce qui est drôle c'est la façon dont lui et ses copains passent leur temps à imaginer des plans tous plus irréalistes les uns que les autres pour bouter  l'occupant  anglais. A cela s'ajoute la découverte des  premiers émois  de la puberté. Il en pince pour la grande sœur de son Ben Hur, qui n'est pas dupe de la situation:
       " Au lieu de mater apprends à demander. Si on sait demander , on n'a plus besoin de faire le voyeur..." lui dit -elle[...] Dans la vie les gens demandent des tas de choses, mais ils s'y prennent mal. Après on cesse de demander et on n'arrête pas d'être humilié et d'humilier les autres. Et puis on s'habitue , et alors le temps est compté. La vie est finie. "  

  Entre une  mère qui travaille dans un dispensaire, et  un père qui  ne se soucie que d’écrire l'Histoire des juifs de Pologne, il se fait une place comme il peut. Il cherche des réponses auprès de ses parents. D’où provient  cette haine que les autres peuples éprouvent vis-à-vis du peuple juif , demande -t-il à son père.
" C'est une question bien triste, renchérit papa. En Pologne, par exemple, on nous haïssait, parce que nous entrions dans la norme, nous étions de étrangers bizarres qi parlaient , s'habillaient et mangeaient différemment des autres. A quelques  kilomètres de là, de l'autre côté de la frontière, on nous détestait pour des raisons diamétralement opposées: nous parlions, nous mangions, nous habillions et nous comportions exactement comme tout le monde. Regardez, ils se sont si bien assimilés qu'on ne peut plus distinguer qui est juif et qui ne l'est pas, disaient les antisémites. Tel est notre destin: les prétextes changent mais la haine subsiste. Quelle est la conclusion? "
 J'ai passé un très bon moment à lire ce livre et je n'hésiterai pas à en découvrir d'autres de cet auteur.

Amos Oz

Né à Jérusalem en 1939, Amos Oz est l'auteur de neuf romans et de deux recueils d'essais (tous parus chez Calmann-Lévy), ainsi que de plusieurs volumes de nouvelles. Il a obtenu le Prix Fémina étranger en 1988 avec La Boîte noire. Son œuvre est traduite en plus de trente langues. C'est un écrivain engagé qui depuis 2008 s'est rallié à la gauche sioniste. 

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