mercredi 3 octobre 2012

Le citronnier a pris


Au travers de ce récit , Isabelle Yhuel, nous invite à suivre les réflexions qui furent les siennes lorsqu'au retour d'un voyage à Prague, ( Ah, Prague... ) elle découvre  dans son courrier un  faire-part de décès, celui de sa psychanalyste. Le premier choc fait place au chagrin. Il ne la quitte plus et ses proches ont bien du mal  de comprendre et même d'envisager  ce qui se joue derrière sa douleur.
Dis ans après la fin de sa cure psychanalytique c'est comme une  nouveau rendez-vous, une nouvelle séance qui commence, l'ultime convocation qui retentit. Car ce deuil auquel elle est brutalement  confrontée, la renvoie à la dernière séance.Certains souvenirs affluent, tandis qu'éclosent de nouvelles interrogations. Par petites touches, l'auteur va nous faire partager quelques uns de ces moments si particuliers au cœur d'une  thérapie, où les choses se dénouent. Mais devant la mort, l'on se prête à la rêverie des instants manqués pour déjouer le temps sur lequel on ne peut avoir prise. Au chagrin succède les regrets autour de tout ce qui n'a pas été dit  et vécu.  Surgit alors une question laissée en suspens,  derrière soi, comme la place que cette femme a eue durant les séances derrière le divan.
" Qu'est ce qui pouvait prouver qu'on en avait bien terminé? J'étais partie, bien sûr, mais avais-je conclu ?  "
Dans la deuxième partie, l'auteur quitte le style romanesque pour devenir plus essayiste et chercher des réponses à cette question qui la taraude sur ce peut être une fin de psychanalyse.  Après le temps du bilan qui lui permet de  reconnaître qu' " Une relative cohérence avait fait place au chaos intérieur et la vie m'intéressait.  Néanmoins lorsque pour la dernière fois j'avais refermé la porte du cabinet de ma psychanalyste, je l'avais laissée derrière, trônant sur un piédestal, inatteignable. " elle  va se  consacrer à sa recherche parmi  quelques écrits des pères de la psychanalyses et de leurs successeurs. Le  tour d'horizon est instructif  et agréable. Isabelle Yhuel défend avec amour la psychanalyse  et les psychanalystes  aussi différents soient-ils et l'on sent bien derrière le choix de ses références  à quel point  le chemin qu'elle a emprunté durant  toutes ces heures passées sur un divan lui ont permis de se trouver et  d'apprendre à vivre.  Mieux. D'ailleurs la fin de la cure se situerait "plutôt après le franchissement de cet état où tout paraît vain quand "  l'angoisse cesse d'être une donnée persécutrice pour la pensée et devient grâce à l'expérience analytique du franchissement , un instrument d'exploration du monde, une alliée du désir , un appui pour la pensée et pour l'investissement amoureux"   ( Heitor O' dDwyer de Macedo) 
C'est la rencontre avec un ami psychanalyste, qui va  permettre à l'auteur de comprendre alors qu'elle continue de se demander si elle a "vraiment" fini sa  psychanalyseque sa psy " ne l'a pas laissée repartir faute de mieux "  mais lui a transmis  ce sentiment qui lui permet de croire que l'amour existe et que des objets d'amour l'attendent quelque part."
La  troisième partie m'a davantage fait découvrir la journaliste.  Elle ne s'interroge plus sur elle même et sa fin de cure, mais va chercher à recevoir des témoignages et  les interviews qu'elle présente restent intéressantes par la variété de réponses qu'elles apportent. 


 
Isabelle Yhuel :  fréquente la psychanalyse depuis de longues années. Elle collabore notamment à Psychologies. Elle a publié plusieurs ouvrages chez Lattès dont Aimer enfin sa mère et Quand les femmes rompent (15 000 exemplaires vendus).

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