dimanche 12 août 2012

Rilke et Rodin

 

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En 1900, Rainer Maria Rilke épouse, une ancienne élève de Rodin, sculptrice Clara Westhof. Deux ans plus tard,  il projette d'écrire un essai sur le maître et décide de se rendre à Paris pour le rencontrer. Rilke  n'a que 27 ans, il se cherche. 
Fasciné par la personnalité, le génie et l'ardeur du sculpteur, le dialogue s'installe entre eux, malgré la barrière de la langue.


En 1905, Rodin l'invitera même à demeurer chez lui  à Meudon. Rilke s'y installe et devient  alors son  secrétaire, avant d'être brutalement congédié huit mois plus tard. Malgré la blessure qu'il en ressent, son admiration pour Rodin restera intacte. 

Rilke et Rodin  Paris (Vhesse) Tags: rodin rilke 
 Pour preuve: en 1908, séduit par les charmes de l'Hôtel Biron, qu'il vient de découvrir et  qui est menacé de démolition,  Rilke  invite  Rodin à s'y installer. Celui-ci  ne quittera plus le lieu, devenu aujourd'hui le Musée Rodin.
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Dans une lettre datée du 8 Aout 1903,
  Rilke écrit à Lou Andréas Salomé  :
" Dès la première fois que j'allai voir Rodin, et déjeunai chez lui à Meudon; avec des gens qu'on ne vous présentait pas, étrangers réunis à une même table, je compris que sa maison n'était rien pour lui, une misérable nécessité peut-être , un toit pour s'abriter de la pluie et dormir dessous; que ce n'était pas un souci pour lui, ni pour sa solitude et son recueillement un fardeau. Il avait tout au fond de lui l'obscurité , le refuge et le calme d'une maison, et lui même était le ciel par dessus, était la forêt tout autour , et l'étendue, était le fleuve qui coulait à jamais devant. Quel solitaire,  ce vieillard abimé  en lui même, debout, plein  de sève, comme un vieil arbre en automne.  Il s'est fait profond; il a creusé une profondeur à son cœur dont les battements  viennent de loin, comme du centre d'une montagne. Ses pensées circulent en lui, le comblent de gravité  et de douceur sans se perdre en surface. Il s'est endurci,  fermé à l'inessentiel, et se dresse au milieu des autres hommes comme sous la protection d'une vieille écorce . Mais pour l'essentiel, il se dénoue  aussitôt et près des choses ou quand les hommes et les bêtes le touchent muettement à la façon des choses, il est grand ouvert. Là il se montre un écolier, un débutant, l'observateur et l'imitateur de beautés perdues jusqu'ici parmi des êtres endormis, distraits ou indifférents. Là il est l'attentif à qui rien n'échappe, l'amoureux qui ne cesse de recevoir, le patient qui ne mesure pas son temps et ne songe pas au profit immédiat.   Ce qu'il regarde, ce qu'il enveloppe  de sa contemplation est toujours pour lui l'univers unique où tout se produit; quand il modèle une main, elle est seule dans l'espace, plus rien n'existe qu'elle ; Dieu en six jours n'a créé qu'une main, c'est autour d'elle qu'il a répandu les eaux, au dessus d'elle qu'il a voûté le ciel; et quand tout a été achevé, il s'est reposé de l'avoir créée,  et il y eut une splendeur et une main. "

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