lundi 6 août 2012

Monologue d’une comédienne en train de se maquiller


Bertolt Brecht

"Je vais représenter une ivrognesse
Qui vend ses enfants
À Paris, au temps de la Commune.
Je n’ai que cinq répliques.
Mais j’ai aussi un déplacement, la rue à remonter.
Je vais marcher comme un être libéré,
Un être qu’hormis l’alcool
Personne ne voulait libérer, et je vais
Me retourner, tel l’homme ivre qui redoute
D’être poursuivi, je me retournerai,
Vers le public.
J’ai examiné mes cinq répliques comme ses documents
Qu’on lave à l’acide pour vérifier si sous les caractères visibles
D’autres ne sont pas cachés. Je dirai chacune d’elles
Comme un chef d’accusation
Contre moi et tous ceux qui me regardent.
Si je ne réfléchissais pas, je me ferais
Simplement un masque de vieille pocharde
Déchue ou malade.
Mais je vais entrer en scène
 Comme une belle femme qui est détruite
 Dont la peau, jadis douce, est jaune à présent, femme ravagée
Jadis désirable, aujourd’hui objet de dégoût,
Pour que chacun s’interroge: qui
A fait cela?  "

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