vendredi 17 août 2012

L'amour est une drogue douce ...en général.

Stéfano Accorsi et Vittoria Puccini
dans "encore un baiser réalisé par Gabriele Muccino

"Magnifique amour ! L'autre nous drogue, de sa peau , de ses mots, il nous enivre, nous rend merveilleusement heureux - et dépendants.", écrit  Michel Reynaud , dans l'avant propos de son livre, "L'amour est une drogue douce en général ".  L'auteur en connait un rayon. Ce psychiatre et professeur de psychiatrie, spécialiste des addictions procède dans cet essai à  un examen à cœur ouvert de l'amour. Dans un style clair,  il nous aide à saisir comment du désir, à la dépendance il n'y a que quelques pas de danse.
Forcément, après avoir lu ce livre, on en ressort plus lucide que jamais, mais pas forcément vacciné !
Tout commence dans l'enfance au cœur du cerveau limbique, siège de nos émotions. C'est dès les premiers jours de la vie que se mettent en place le circuit " désir-plaisir- manque ". Les émotions, qu'enregistre notre cerveau, deviennent le socle de notre fonctionnement psychique. C'est durant cette période que "chacun acquiert une soif de plaisir plus ou moins développée, une capacité variable à le recevoir, et à le percevoir, une tendance plus ou moins grande à l'éviter ou à le rechercher.  "
 Si l'amour est un ressenti comme une besoin, c'est qu'il  booste notre élan vital,  et qu'une foule de réactions chimiques s'enchaine au niveau de notre cerveau.
Les corticoïdes qui régulent nos émotions et nous aident à supporter des situations plus ou moins stressantes, s'ajuste au taux de dopamine qui augmente lors d'une rencontre amoureuse  Or c'est justement tout ce qui permet d' augmenter la quantité de dopamine dans le cerveau, qui est à l'origine du processus de dépendance, même si  un autre facteur, vient s'ajouter : la  qualité de  la transmission de ces informations entre neurones,  effectuées par les synapses.  " Dis-moi comment on t'a aimé, je te dirai comment tu désires. " nous dit Michel Reynaud. " Le modelage des cellules dopaminergiques se combine avec celui de l'axe corticotrope, et c'est l'ensemble qui imprime en nous un premier formatage, la gestion du plaisir et de la souffrance, notre capacité à être autonome ou dépendant , à être curieux d'autrui ou à avoir peur de lui, en  bref notre relation aux autres comme aux situations. " http://www.drogues-dependance.fr/s_informer-action_des_drogues.html


Tout semble  écrit dans l'enfance pourtant l'adolescence est l'occasion de redistribuer à nouveau les cartes et de réinitialiser certains programmes du désir. Ce qui est tout compte fait est assez rassurant,  même si l'adolescence rime souvent avec quête d'expériences, plus ou moins dangereuses.
Le fonctionnement cérébral des hommes et des femmes étant différent,  ils n'entrent pas en addiction selon le même mode, même si le résultat  demeure identique.
L'imagerie médicale a pu déterminer où se situait la zone du cerveau, lié au désir. "Chez la femme, le désir passe plutôt - plutôt , car tout est question de nuance - par l'hypothalamus. médian, point de départ du système sympathique, proche du circuit de l'évitement / souffrance ; chez l'homme, plutôt par le latéral, point de départ du système parasympathique, proche du circuit de plaisir / récompenses . Autrement dit, [...]  une femme qui rencontre un homme est d'abord sur ses gardes, même très inconsciemment, s'assurant qu'il ne lui fera pas de mal, tandis qu'un homme ignore  cette prudence, tout entier tourné vers un plaisir éventuel. "


Face à la dépendance hommes et femmes fonctionnent à l'identique : l'un comme l'autre recherchent avant tout  la disparition de l'état de manque.Cette différence  serait perceptible aussi au niveau du choix des drogues.Quand les femmes sont à la recherche d'un apaisement, les hommes recherchent  davantage la sensation et un surcroit de plaisir. Cela n'a rien de particulièrement étonnant, mais quand c'est la science qui tend à le démontrer, l'éclairage qu'elle apporte me semble encore plus pertinent.  "L'assurance de ne pas souffrir  est la condition du désir féminin, quand le désir masculin n'est pas - ou peu soumis à ce principe de précaution. ".
 L'auteur insiste : c'est notre mode de gestion du manque, hérité de l'enfance, qui par la suite nous permettra de dépasser la frustration, et supporter plus ou moins l'absence de l'autre.
T
Quand certains sautent à pied joint dans une relation amoureuse,d'autres par peur de l'engagement-attachement-étouffement pèsent le moindre de leurs actions. Là encore les rencontres ne sont pas le fruit du hasard, certaines névroses s’emboîtant particulièrement biens. 
 " Chaque partenaire arrive avec son propre mode de gestion du manque et cherche à imprimer au couple le rythme fusion / séparations qui lui convient le mieux, selon son degré de sécurité interne. [...]L'autre n'est pas que le lieu de la fusion, mais aussi un encouragement naturel à s'épanouir soi- même. du moins devrait-ce être le cas. "
Car  s'il existe bien  un philtre d'amour, c'est notre corps qui le secrète à notre insu.  La rencontre avec l'autre déclenche ce raz de marée de molécules. Séduction, désir de l'autre, plaisir avec l'autre. On se retrouve en apesanteur. Le cocktail a de quoi nous faire perdre la tête ! Aucun amoureux n'y échappe ! Dopamine, lulibérine, testostérone, endorphines ocytocine,( hormone de l'attachement) ! 
Notre corps serait  pris en otage. C'est la biologie de la passion., qui  poussent les êtres à fusionner, à  vouloir prolonger cette magie des corps, ressentir cette soif d'absolu et idéaliser l'autre.
" Si jouir n’est pas aimer, jouir aide à aimer ". 
Toulouse Lautrec (le Baiser 1892)
Les sensations appelant des émotions, qui engendrent à leur tour des sentiments, la confusion est parfois au rendez-vous lors d'une rencontre amoureuse, la biologie soumettant davantage notre esprit que l'inverse ! Il ne faut toutefois pas croire que les sujets "prédisposés  tombent dans la dépendance amoureuse brutalement. 
" En matière d'amour, la mutation de l'être heureux en être douloureux est lente et insidieuse ", écrit Michel Reynaud. . Pour éviter une passion destructrice, encore faudrait-il arriver à la repérer. Les acteurs n'en sont pas toujours conscients. L'auteur nous livre néanmoins quelques clés, pleines de bon sens, pour pouvoir déchiffrer certains signes précurseurs." Ainsi il faut apprendre à distinguer le caractère boudeur du sex appeal, la séduction du donjuanisme, le solide de l'insensible, le puissant du coléreux, le fragile du maladif, le difficile à satisfaire de l'impossible à satisfaire, le sûr de soi du narcissique, l'indépendant de l'égoïste, etc... "

Quand à la question, existe-t-il  un art de bien rompre, la réponse est claire. Non, car il faut passer par une période sevrage plus ou moins douloureuse. Même un vieux couple qui ne partage plus de plaisir peut fonctionner sous une forme de dépendance psychique.  Il faut s'armer de volonté pour ne pas céder, et cela nécessite beaucoup  d'énergie, car la tentation est grande de replonger.  Car la première urgence c'est d'arriver à survivre. Après une rupture, chacun essaie de comprendre comment il en est arrivé là, croyant apaiser la douleur. Or, un autre facteur entrent en jeu dans la dépendance : la mémoire. "Dans le paysage cérébral, le plaisir imprime la mémoire et la mémoire est d'autant plus imprimable qu'il y a du plaisir. Attention donc aux rechutes, 3  types de situations peuvent y conduire :  "la nouvelle prise qu'on voulait croire unique; la stimulation de la mémoire; la situation des stress. " 
Un remède, vieux comme le monde, aura raison de la douleur, comme dit le poète : " Avec le temps, va, tout s'en va". 
Bien sûr il n'existe pas de vaccin, mais "Comprendre c'est guérir un peu, voire éviter de tomber malade "  conclut  l'auteur. Que ses souhaits soient exaucés.  Grâce à lui, on y voit un peu plus clair, ou comme on dit  : " un homme , (une femme) averti(e) en vaut deux."

Michel reynaud, l'amour , ce paradis artificiel. "

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire