vendredi 20 juillet 2012

Le premier amour de Véronique Olmi

 
On rentre presque trop facilement dans ce roman, pour ne  plus le quitter jusqu'à la dernière page. La curiosité certainement l'emporte; la même sans doute qui m'a poussé à prendre ce livre alors que mon regard glissait sur l'alignement de livres d'une bibliothèque municipale parisienne. Du côté  des "O" j'espérais trouver un livre de la plume de Christine Orban. Le titre de celui-ci m'a interpellé. La quatrième de couverture encore  davantage. Comment une femme qui est sur le point de fêter ses 25 ans de mariage, claque tout sur un coup de tête pour aller rejoindre en Italie son premier amour, simplement parce qu'elle a découvert sur la feuille de papier journal  qui emballe une bouteille de Pommard qu'elle s'apprête à remonter de la cave, une petite annonce ?
Le temps du voyage, c'est comme  le temps qu'il faut pour chambrer un bon vin.  C'est le temps nécessaire à l'héroïne pour faire le point. Emilie  rendra visite à Christine, sa  grande sœur trisomique  fan de Mike Brant. qui vit dans un foyer spécialisé. Derrière le lien qui les unit,c'est la présence d'une mère rigide, culpabilisée, qui a passé ses journées à prier Dieu , sans réaliser combien ses filles pouvaient avoir  besoin d'être simplement aimées pour ce qu'elles sont.   
 A propos de Christine, page 29 dans l'édition originale:
"Je lui ai à peine  écrit à écrire. Jamais à lire. Sûrement parce que je le voulais moins qu'elle. Je crois que j'avais peur de ce qu'elle lirait dans le monde où nous sommes, nous qui portons nos croix pour acheter notre paradis et attendons des vies entières une annonce miracle sur une feuille de journal froissée. "
"Christine n'avait pas de rancune. son chromosome en  trop avait des capteurs de moments, ils prenait les bons instants, il savait  les reconnaître. ... Elle avait cette petite bulle de difficultés qui la forçait à la lenteur et alors elle voyait ce qu'il y avait tout au bord des routes et que nous frôlions avec indifférence.  " Page 165
Dans ce roman,ce sont les effluves de l'enfance que l'auteur  partagent avec nous, les premiers pas qui scellent l'entrée dans l'âge adulte, les premiers oublis aussi, les premières peines, les premiers dérapages  petits riens qui nous émeuvent, et nous étreignent encore longtemps; elle interroge le pouvoir du passé sur nos existences et quelle sorte de compromis nous avons consentis presque malgré nous.
" L'après-midi était passé, je savais que le soir s'installait pendant que nous écoutions Chopin dans la cabine sans fenêtre, et ce soir sans nous rendait la ville plus étrangère encore , je ne comprenais pas ce que je vivais mais je savais que c'était une première fois[...] Plus tard j'ai appris ce mot "Intimité." Presque " intimidé". presque le même douceur, la patience, qu'il faut pour y parvenir. et puis je l'ai perdu sans le savoir, une erreur d'étourderie..." Page 81
 C'est aussi le regard d'une mère de famille qui dernière l'amour qu'elle porte à ses trois filles , s'interrogent  sur  son impuissance à les soulager , en même temps qu'elle admet être prisonnière du rôle de mère et d'épouse auquel ses proches l'ont assignée.
 " Pourquoi faut-il qu'un jour nous n'ayons plus sur nos enfants le pouvoir de la consolation ni celui du rêve? Pourquoi leur apprend-on à se méfier des étrangers et pas des fiancés?  Ceux-là sont bien plus dangereux, qui n'ont pas besoin de les forcer à monter dans leur voiture pour les ravir au monde de leur mère. Pourquoi apprend-on à nos filles tant de gentillesse? Pourquoi leur avais-je dit que c'était mal de faire de la peine  aux autres, au lieu de leur dire de fuir au plus vite tous ceux qui brandissaient leur douleur comme un étendard avec lequel ils étrangleraient tôt ou tard ? Page 106 
Au bout du  road movie, arrivée à Gênes, Emilie est rattrapée par la réalité. Elle aurait dû s'y attendre ! Et nous aussi !  La réalité peut-elle se réduire à un simple fait divers ? L'impuissance des personnages , nous renvoie  sans doute à  notre impuissance de lecteur. La fin ne remplit  peut-être pas les promesses du début du livre.  Peut-être que ce qui travaillait l'auteur de l'intérieur, c'était avant tout la quête ...Quête du désir...L'attente  face à l'émergence d'un passé qui refait surface,  alors que le désir peut être parfois difficile à interpeller  après 25 ans de mariage. Une quête, c'est souvent aussi l'occasion de se reconnecter et se réconcilier  avec soi même. Il est  parfois nécessaire et salutaire d'en passer par là. Alors je ne m'attarderai pas sur cette fin, qui n'est pas forcément à la hauteur de ce que je pouvais en attendre.
La lecture  fut un moment agréable.Il se dévore comme on picore quelques cacahouètes et quelques olives avec des amis  à  une terrasse au bord de mer. 

Véronique Olmi ( Photo R.  Dumas)
 



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