mercredi 25 juillet 2012

Irritation


Thomas Bernhard

Thomas Bernard  (photo Bernard Schmied 1988)

Thomas Bernhard : 
 - Au bout de trente ans, l’époque ne vous émeut plus, mais le souvenir, lui, on se le rend présent, et alors on s’aperçoit qu’il n’y a là que des blessures plus ou moins ouvertes, on y injecte un petit peu de poison, et tout s’enflamme, et il en sort un style excité. Il y a des gens qui apparaissent et qui, quand vous les voyez, vous rendent fou, alors on les enferme dans un livre de ce genre, dans une irritation, justement.

Krista Fleischmann : 
- Mais quand on écrit sur le passé, on devrait tout de même pouvoir, avec la distance, être un   tout petit peu plus réfléchi.
Thomas Bernhard :
- Ça, c’est le cliché de l’examen du passé, c’est naturellement tout à fait faux. De vieilles personnes peuvent écrire comme ça, quand elles sont paralysées dans leur fauteuil, mais moi, ce n’est pas mon genre, pas encore, peut-être après-demain, je suis encore excité quand j’écris, même quand j’écris quelque chose de tranquille, je suis finalement excité aussi. L’excitation, c’est un état agréable, ça fait bouger le sang trop ralenti, ça donne de la vie, et ça finit par donner des livres. Sans excitation, il n’y a rien, il vaut mieux que vous restiez tranquillement au lit. Au lit aussi (il rit), quand vous vous excitez, c’est pour vous amuser, et dans un livre c'est la même chose .  C'est d'ailleurs une sorte d'acte sexuel , écrire un livre, beaucoup plus commode qu'autrefois, quand on faisait réllemment ces choses-là, on les a faites naturellement, c'est beaucoup plus agréable d'écrire un livre, que d'aller au lit avec quelqu'un.  


Thomas Bernhard  Entretiens avec Krista Fleischmann, L’Arche Éditeur, 2003,

http://www.evene.fr/celebre/biographie/thomas-bernhard-4443.php

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