vendredi 1 juin 2012

La lamentation du prépuce


 
Dans ce roman autobiographique,  l'auteur  qui est issu d'une famille juive orthodoxe new-yorkaise, se demande, à la veille d'être père, s'il va, comme lui ordonne la tradition, faire circoncire son fils. Derrière cette simple interrogation se cache une révolte qu'il réprime depuis longtemps. Prisonnier de son ambivalence chronique, entre crainte du châtiment divin et un irrépressible désir de se soustraire à la loi, c'est avec un humour corrosif, souvent blasphématoire, une auto dérision salvatrice, que le narrateur nous livre sa jeunesse spirituellement mouvementée.
Dès les premières pages, ce livre étonnamment drôle et irrévérencieux, ne laisse pas de répit au lecteur. La structure répétitive du récit contribue à nous plonger dans les méandres de sa conscience. Coincé entre un père qui préfère se saouler le shabbat et une mère dont le principal centre d’intérêt n'est autre que la décoration intérieure, le jeune Shalom  n'aura de cesse d'interpeller et d'invectiver son créateur. Comme il l'écrit "Je crois en Dieu, c'est un gros problème pour moi." Arrivera t-il un jour, à régler ses comptes avec lui ? A l'évidence, la partie est loin d'être finie. Pour ma part il m'a été difficile de résister à l'humour ravageur de l'auteur. Pour ce névrosé, concentré 1ère pression à froid, même l'écriture semble devenir un autre mode de dialogue avec son Dieu si envahissant soit-il.  A force de négocier avec lui, il  se pourrait bien que celui ci lui lâche un peu la bride, même momentanément. C'est tout le bien qu'on lui souhaite. Le mode répétitif sert peut-être aussi à cela : trouver des solutions, un espace où chacun puisse cohabiter, sans remettre en cause l'alliance.

Shalom Auslender by  David Airob

4ème de couverture :
Jeune époux et futur papa, Shalom pourrait être le plus heureux des hommes. Mais l’enfance peut commettre bien des ravages … Élevé dans la plus stricte orthodoxie juive, il en a gardé une vision très personnelle du “Tout-Puissant” et une paranoïa aiguë. Trente-cinq ans que cela dure. Trente-cinq ans d’une relation complexe, faite d’incompréhension et de pure terreur. Alors, à l’adolescence, Shalom s’est rebellé : gavage de hot dogs, lectures pornos … Et il a attendu, tremblant, le châtiment divin. Mais rien … Aujourd’hui, la grossesse de sa femme le laisse désemparé. Partagé entre son désir d’émancipation et sa peur maladive de Dieu, le voilà confronté à l’agonisante question : quel sort doit-il réserver au prépuce de son enfant ?

 http://www.belfond.fr/site/la_lamen...
Extrait
page 76
L'histoire de ma relation avec  Dieu a été un cycle sans fin non pas  du fameux enchainement de "la foi suivie par le doute" mais d'équanimité suivie de révolte, de réconciliation suivie d'indifférence de " pitié, pitié, pîtié!" suivi de "rien à foutre, va e aire foutre, fous moi la paix!". Je respecte pas le Shabbat ni ne prie trois fois par jour, ni n(attends six heures pour du lait après avoir mangé de la viande. Ceux qui m'ont élevé diront que je ne suis pas religieux. Ils se trompent: je ne suis pas pratiquant mais je reste douloureusement, fatalement, incurablement, pathétiquement religieux. Et ces derniers temps, j'ai constaté avec une stupéfaction désolée que de plus en plus de gens d'un bout à l'autre de la planète se trouvent des dieux, chacun plus sanguinaire et haineux que le précédent alors que je continue à tout faire pour me débarrasser du mien. Et que j'échoue lamentablement. 
Je crois en Dieu. C'est un gros problème, chez moi.
 
page 137 
 "J'allais mourir. C'était bien Elie qui était au volant. Fermant les yeux, j'ai prié pour que...
 C'était à prévoir. La mort. Mourir, c'était le point faible de tout mon fabuleux plan. Si je cassais ma pipe après un Shabbat réglementaire, j'étais sûr de m'en sortir; mais si c'était après un Shabbat violé que j'aie eu l'intention de me racheter au suivant ne servait plus à rien: je terminais avec moins six cent treize, un handicap impossible. 
-Mais j'allais respecter le prochain!  aurais-je plaidé devant Dieu. 
Celui ci aurait haussé les épaules , poussé un soupir:
- Je comprends, mais on essaie de faire tourner une affaire ici...


page 212
- Les hommes font des projets, a-telle soupiré,  et Dieu rit.
Oui je L'entendais , à cet instant même.
Je suis resté immobile sur mon lit, les yeux sur Cindy Crawford, à me demander que faire. "Les hommes font des projets et Dieu rit, C'est quoi cet aphorisme à la con? Ça veut dire qu'Il est le roi des salauds? qu'est-ce qui est arrivé à " Les hommes font des projets et Dieu fait Son possible pour qu'ils soient pleinement réalisés"? Quelle est cette religion  qui propose ce genre de formules? Dis- moi un peu Cindy.... les hommes dont des projets , Dieu rigole et ensuite? Ensuite, va devant un  mur et prie-Le? Pourquoi? "

Page 243 
" J'AVAIS VINGT ANS ET LE PLUS GRAND MAL à rencontrer des filles. Nul doute que mon ancêtre Isaac devait avoir éprouvé la même difficulté . Après l'enfance traumatisante qu'il s'était coltinée à cause d'un père shooté à Dieu qui aurait voulu le fréquenter? "

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